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La formation professionnelle de demain – repensée aujourd’hui

Le système de la formation professionnelle est un modèle de réussite en Suisse, comme l’ont montré récemment à Abu Dhabi les championnats du monde de la formation professionnelle (Worldskills competition) : les jeunes professionnels venus de la Suisse ont décroché 20 médailles, dont 11 en or. Mais la formation professionnelle ne doit pas se reposer sur ses lauriers : pour maintenir sa qualité élevée, il lui faut trouver de nouvelles réponses intelligentes aux défis d’aujourd’hui et de demain. Pour ce faire, une nouvelle stratégie est mise en place sous le nom de « Formation professionnelle 2030 ». suite

Que signifient pour la formation professionnelle numérisation, mondialisation, migration ou exigences accrues sur le marché du travail ? Comment la formation professionnelle peut-elle faire face aux rapides changements technologiques ? Comment peut-elle mieux intégrer dans son système les adultes, même les travailleurs âgés ? Depuis plus d’un an, de telles questions, et bien d’autres, sont en discussion au sein de la formation professionnelle. Voici un premier aperçu du modèle envisagé.

Des lignes directrices prometteuses

Les lignes directrices élaborées exigent par exemple que la formation professionnelle favorise « l’individualisation des parcours de formation et des plans de carrière ». C’est une promesse faite aux adultes, qui signifie qu’il doit être possible de mieux concilier formation professionnelle et situation personnelle. Grâce à la numérisation, la formation peut être indépendante du lieu et du moment. Les obstacles liés à une réorientation professionnelle doivent être réduits. Voilà des idées qui devraient simplifier pour les adultes le maintien de leurs compétences professionnelles au niveau actuel des connaissances et leur engagement à opérer les changements professionnels nécessaires à cet effet. Car personne ne sait si sa profession continuera d’exister à l’avenir sous sa forme actuelle et si les compétences professionnelles déjà acquises seront encore utiles. Aussi est-il bon de développer la formation professionnelle de manière à favoriser les adaptations.

Une mise en œuvre épineuse ?

Il convient désormais de convertir de telles idées en mesures concrètes, ce qui ne sera guère aisé. Si formuler des lignes directrices est une chose, les mettre en œuvre en est une autre. Mais les premiers pas seront faits cette année déjà. Le Sommet national de la formation professionnelle se tiendra le 13 novembre 2017. Le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann, les dirigeants des cantons et de l’économie, et parmi eux également le président de Travail.Suisse, Adrian Wüthrich, discuteront des lignes directrices et prendront – nous l’espérons – les premières décisions en vue de les concrétiser. Il s’agira notamment de fixer les priorités et de décider quels seront les idées et les principes directeurs à appliquer en priorité.

Les exigences de Travail.Suisse

Dès le départ, Travail.Suisse a participé étroitement au processus d’élaboration de la Stratégie formation professionnelle 2030 et a posé ses exigences. En voici les points essentiels :

a) Dans l’ensemble des discussions et des décisions, tous les secteurs de la formation professionnelle, c’est-à-dire la formation professionnelle initiale et supérieure, la maturité professionnelle, ainsi que la formation continue à des fins professionnelles, doivent être repensés, et pas seulement la formation professionnelle initiale.
b) Dans l’ensemble des discussions et des décisions, non seulement les intérêts et les besoins des jeunes, mais aussi ceux des adultes – ceux des plus de 50 ans aussi – devront être pris en considération.
c) Dans l’ensemble des discussions et des décisions, il conviendra toujours de se demander quels sont les besoins en matière d’information et de conseil des divers groupes cibles. De plus, il faudra simplifier pour tous, autant que possible, l’accès à des prestations de conseil en orientation professionnelle, universitaire et de carrière.
d) Dans l’ensemble des discussions et des décisions, il ne faudra pas se limiter à une vision restreinte des partenaires. Il est important de se demander constamment qui fait partie de la table ronde et des négociations sur le thème abordé, afin de trouver des solutions appropriées et pérennes.

Si la stratégie « Formation professionnelle 2030 » est mise en œuvre par des mesures concrètes et résolues, elle pourra aplanir la voie en permettant à des jeunes comme à des adultes de réussir leur passage vers le monde du travail numérisé. Pour atteindre cet objectif, la politique et l’économie doivent s’y mettre de concert.

>> À propos de la stratégie

30 octobre 2017, Bruno Weber-Gobet, Responsable politique de formation

Après le NON : nous devons adapter l’AVS et les caisses de pension

La population suisse qui a voté le 24 septembre a refusé la Prévoyance vieillesse 2020 et l’augmentation de la TVA au bénéfice de l’AVS. Travail.Suisse regrette infiniment cette décision. En sa qualité d’organisation faîtière indépendante des travailleurs, Travail.Suisse a soutenu cette proposition, qui constituait un compromis, pour prouver sa responsabilité de partenaire social par rapport aux premier et deuxième piliers. Le Non au projet ne doit en aucun cas être interprété comme un Oui à l’augmentation à 67 ans de l’âge de la retraite ou à une réduction de prestations. Pour qu’un nouveau projet de loi aboutisse, il faut qu’une solution de financement solide en soit le pilier. suite

La réforme proposée sous le nom de Prévoyance vieillesse 2020 était un projet complet. Après son refus, on peut le dire : un projet trop complet. Cela ne veut pas dire qu’il était trop complexe ou que les votants ne l’avaient pas compris. Mais il comprenait beaucoup de mesures différentes – bonnes ou moins bonnes selon le point de vue. Quiconque était opposé au projet de réforme pouvait établir une liste de tous les points négatifs et peindre une image sombre. C’est ce qu’ont fait en particulier les magazines de consommateurs. Les campagnes de l’Union patronale, de l’UDC et du PLR pointaient elles aussi habilement les mesures contestées. Malheureusement, les avantages du projet dans le contexte actuel ont été totalement méconnus.

Les partenaires sociaux sont responsables

Partenaire social, Travail.Suisse porte cependant une grosse responsabilité. Les conseils de fondation des caisses de pension doivent être constitués à parts égales de représentants des travailleurs et de représentants des employeurs. Il en va de même dans les organes dirigeants au niveau national : les partenaires sociaux sont représentés de manière paritaire. Travail.Suisse compte des délégués dans les commissions et les organes compétents de l’AVS et de la LPP. Nous avons donc – plus encore que les employeurs – une responsabilité particulière envers les travailleurs actifs en Suisse en matière de prévoyance vieillesse.

Conscient de cette responsabilité, Travail.Suisse a toujours recherché un compromis viable. Il a fait du lobbying au Parlement pour obtenir une solution aussi bonne que possible. Il a élaboré des propositions, informé et convaincu des membres du Parlement. S’il avait pu proposer lui-même la réforme de la prévoyance vieillesse, elle aurait été différente. Mais dans le système politique suisse, toute solution doit d’abord trouver une majorité au Parlement. L’augmentation des rentes AVS pour les nouveaux rentiers pour compenser la baisse du taux de conversion a fini par faire son chemin au Conseil national, mais avec un résultat limite. Issu des délibérations parlementaires, il était acceptable.

Le Non de la gauche signifie un refus de l’augmentation de l’âge de la retraite des femmes et d’une réduction des prestations

Que les syndicats et leurs organisations faîtières soient allés très loin dans le compromis est confirmé par le Non de la gauche et les votes négatifs issus de leurs propres rangs. L’analyse des résultats du 24 septembre permet d’avancer une thèse : l’augmentation de la TVA aurait trouvé une majorité auprès du peuple et des cantons, si le référendum contre le projet de réforme de l’AVS n’avait pas été lancé et si l’augmentation de la TVA avait été soutenue par tout le centre gauche. C’était un pénalty qu’on aurait seulement dû faire. Les choses se sont passées autrement. Sur la base du référendum, on a parlé exagérément des points négatifs et très peu des points positifs de la réforme.

Une chose est claire : le 24 septembre, la réponse a été Non. Mais ce Non doit être considéré de manière nuancée ; en Suisse romande, les employeurs étaient majoritairement pour la réforme, alors que la part des Non du côté de la gauche était plus importante, etc. Le Non ne venait pas uniquement des organisations patronales, de l’UDC et du PLR, mais aussi du référendum de la gauche et donc du Non de la gauche. Ainsi, les partisans de la réduction de l’AVS ont perdu leur mainmise sur le Non. Les enquêtes effectuées après la votation par Tamedia, d’une part, et la SRG SSR, d’autre part, montrent les raisons très différentes du Non – l’augmentation de l’âge de la retraite des femmes et l’augmentation de 70 francs de la rente AVS, sont les deux principales.

Le Non du 24 septembre ne change rien au fait qu’il faut trouver un moyen d’assurer à long terme et de manière sûre le financement de la prévoyance vieillesse. Tant les opposants que les partisans de la Prévoyance vieillesse 2020 s’accordaient sur la situation de départ : il reste un peu de temps pour trouver une solution avant que les déficits de l’AVS ne deviennent excessifs. Ces déficits ne doivent pas cependant conduire quiconque à approuver trop vite un projet de réduction masquée. Une augmentation générale de l’âge de la retraite et la diminution du niveau actuel des rentes sont tabou. La rente ne suffit pas à assurer le quotidien de nombreux rentiers. En outre, l’augmentation de l’âge de la retraite des femmes doit être compensée par d’autres mesures. Au Parlement, il a été explicitement question, par exemple, d’un supplément en raison de la discrimination salariale ou de suppression de la déduction de coordination.

Solution par le biais d’un pour-cent de TVA pour les babyboomers

Si l’on prend les employeurs au mot et qu’on biffe les 70 francs et le plafond plus élevé des couples, qu’on maintient le prélèvement de 0,3 pour cent du salaire et l’âge de la retraite des femmes à 64 ans, et qu’on introduit un pour-cent supplémentaire de TVA pour les babyboomers, on peut élaborer un nouveau projet permettant de financer l’AVS au-delà de 2030. Un âge flexible de la retraite, des mesures en faveur des chômeurs âgés et la limitation des primes de risques trop élevées pour les assureurs-vie sont des éléments essentiels et incontestés qui peuvent en outre être repris dans un nouveau projet.

Les pour-cent prélevés sur les salaires pour l’AVS n’ont pas été augmentés depuis 1975 et l’augmentation de la TVA n’a été refusée qu’à une mince majorité. L’augmentation de l’espérance de vie permet d’expliquer à la population qui vote qu’on doit tabler sur une légère augmentation des cotisations prélevées sur les salaires et une augmentation de la TVA pour bénéficier plus longtemps d’une rente et maintenir en équilibre les finances de l’AVS et des caisses de pension. Il est impensable de baisser les rentes et d’augmenter l’âge de la retraite des générations futures pour la seule raison qu’une génération nombreuse – celle des babyboomers – prend sa retraite.

Le Conseiller fédéral Alain Berset a invité toutes les organisations intéressées à participer à un débat à fin octobre. Travail.Suisse y prendra part et œuvrera pour qu’un nouveau projet soit soumis à la votation en temps utile. Pour qu’il recueille une majorité de voix, il ne doit pas être un démantèlement – des projets de cette eau ont été nettement refusés par le peuple en 2004 et 2010 – et il doit apporter des améliorations pour l’ensemble des travailleurs.

16 octobre 2017, Adrian Wüthrich, Président

Révision du droit de la société anonyme : On prend des gants pour aborder le problème des salaires exorbitants des dirigeants

Tout juste cinq ans après l’acceptation de l’initiative « contre les rémunérations abusives », ses exigences doivent être converties en une loi par le biais de la révision du droit de la société anonyme. Toutefois, les propositions du Conseil fédéral s’arrêtent à mi-chemin en ce qui concerne la transparence des salaires des dirigeants et le renforcement des droits des actionnaires, et il sera trop facile de les contourner dans le domaine des indemnités d’entrée en fonctions et de départ particulièrement perturbantes. suite

Le Parlement est invité à améliorer sensiblement la copie, faute de quoi le mécontentement de la population face aux indemnités excessives et injustifiées que touchent les élites de l’économie ne se calmera pas.

En Suisse, le débat portant sur la limitation des indemnités versées aux dirigeants des grandes entreprises est depuis de nombreuses années un sujet politique brûlant. Le mécontentement de la population au sujet des salaires excessifs et de la mentalité de self-service de la caste des dirigeants a permis à l’initiative « contre les rémunérations abusives » d’être largement acceptée par 68% des votants et par tous les cantons. Mais depuis lors, aucune modération sensible des salaires des dirigeants n’a été constatée. Ainsi, l’étude 1 menée depuis 2011 par Travail.Suisse – et, de ce fait, au cœur du débat parlementaire sur l’initiative « contre les rémunérations abusives » – révèle des rémunérations en nette hausse pour les deux tiers des CEO et même pour les trois quarts des autres membres de la direction générale des entreprises passées sous la loupe. En 2016, les dirigeants ont vu leur rémunération augmenter considérablement, de 6% en moyenne. Les autres travailleurs et travailleuses de ces entreprises n’oseraient jamais rêver d’un tel bond salarial. Les écarts salariaux n’ont cessé de se creuser allègrement: si, au sein des entreprises étudiées en 2011, le rapport entre l’indemnité moyenne d’un membre de la direction générale et le salaire le plus bas de la même entreprise se situait encore à 1:45, il était passé à 1:51 en 2016.

Avec la révision du droit de la société anonyme, l’Ordonnance contre les rémunérations abusives dans les sociétés anonymes cotées en bourse (ORAB) devrait être convertie en loi afin de mettre en œuvre enfin les exigences de l’initiative « contre les rémunérations abusives ». Le 3 novembre prochain, la Commission des Affaires juridiques (CAJ) du Conseil national reprendra ses délibérations portant sur les propositions du Conseil fédéral. Selon Travail.Suisse, ces dernières présentent un certain nombre de lacunes et de points faibles. Si le Parlement ne parvient pas à combler ces lacunes et à corriger ces points faibles, ces propositions n’auront aucune incidence pondératrice à l’avenir sur le montant des rémunérations des dirigeants.

La transparence reste insuffisante

L’un des éléments clés de la révision du droit de la société anonyme est le mandat confié au conseil d’administration d’établir – à l’intention de l’Assemblée générale – un rapport annuel sur les rémunérations. Cela permettrait de créer la transparence sur les indemnités versées aux cadres supérieurs. Toutefois, le Conseil fédéral ne va pas jusqu’au bout de la démarche : alors que les indemnités destinées notamment aux membres du conseil d’administration et à ceux du comité consultatif doivent être annoncées individuellement, seules l’indemnité individuelle la plus élevée, ainsi que l’indemnité globale de tous les membres sont exigées pour les membres de la direction générale. De ce fait, il est impossible d’analyser en particulier l’évolution au fil des ans, étant donné que les changements, postes vacants ou modifications de la taille des instances ne peuvent être ni délimités, ni pris en considération.

Il est trop facile de contourner l’interdiction des indemnités d’entrée en fonctions et des indemnités de départ

L’indignation contre les cachets d’entrée en fonctions et les indemnités de départ, de l’ordre de plusieurs millions lorsque des changements interviennent au sein des directions générales, a constitué l’un des principaux moteurs de l’acceptation massive de l’initiative « contre les rémunérations abusives ». Selon toute logique, interdire les indemnités d’entrée en fonctions et de départ est un élément clé de la révision du droit de la société anonyme. Mais le Conseil fédéral propose une réglementation moins stricte et susceptible d’être trop aisément contournée : par exemple, les primes d’embauche devraient être autorisées. Une telle prime permettrait à un dirigeant rejoignant une nouvelle entreprise d’être dédommagé pour des droits à des bonus qu’il ne toucherait pas de son ancien employeur. Ainsi, des versements tels que les 14 millions de francs que Tidjane Thiam a touchés du Credit Suisse pour son entrée en fonctions en 2014 ou les 4 millions de francs que Zurich Insurance Group a payés en 2016 à son nouveau CEO Mario Greco pourraient se poursuivre à l’avenir.

L’interdiction de l’indemnité de départ peut, elle aussi, être aisément contournée. Grâce à des délais de préavis pouvant s’étendre jusqu’à un an et à des clauses de non-concurrence de plusieurs années, le maintien du salaire et le versement d’indemnités compensatrices sont encore possibles après que les dirigeants ont quitté l’entreprise. Autre possibilité de contourner l’interdiction : des mandats de consultant continuent d’exister – sans qu’il soit nécessaire de jouer la transparence en vérifiant si l’activité de consultant est réelle ou non. À titre d’exemple, après avoir quitté la présidence du conseil d’administration de Roche en 2015, Franz Humer s’est vu accorder un mandat de consultant de cinq ans assorti d’une indemnité correspondante.

Les droits des actionnaires sont lacunaires

Le renforcement des droits des actionnaires était l’un des points majeurs de l’initiative « contre les rémunérations abusives ». Mais en l’occurrence, les mesures proposées dans la révision du droit de la société anonyme ne vont absolument pas assez loin. Certes, il conviendra à l’avenir de voter chaque année sur les rémunérations des dirigeants ; toutefois, des votes d’ensemble sur les éléments fixes et variables des indemnités seront également autorisés, ainsi que des votes prospectifs. Mais si l’on vote conjointement sur les rémunérations fixes et variables, les actionnaires n’auront pas la possibilité de refuser les bonus excessifs sans remettre en question l’ensemble de l’indemnité. Et dans le cas d’un vote prospectif, les actionnaires devront décider des bonus avant de connaître la marche des affaires, voire avant la fourniture de prestations par les cadres supérieurs. La question des bonus en fonction de la performance tourne ainsi à l’absurde Selon l’étude menée par Travail.Suisse sur les salaires des dirigeants, moins d’un tiers des entreprises examinées organisent des votes sensés sur les indemnités destinées aux cadres supérieurs, permettant aux actionnaires d’exercer un contrôle réel sur les salaires exorbitants des dirigeants, voire de corriger ces salaires.

Outre les données lacunaires concernant le système de vote, une obligation de fixer dans les statuts le rapport minimal entre les éléments fixes et variables des indemnités fait également défaut dans la révision actuelle du droit de la société anonyme. Fondamentalement, on observe que l’accent est mis bien davantage sur les rémunérations variables, ce qui entraîne pour les cadres supérieurs des incitations erronées pour leurs prises de décisions. En orientant trop leurs décisions sur les chiffres clés à court terme, ils maximisent leur bonification, ce qui peut aussi être en totale contradiction avec un développement durable des affaires.

Les hauts salaires des dirigeants doivent également être utiles aux collectivités

Il est clair pour Travail.Suisse qu’il est absolument indispensable d’améliorer le système dans les domaines abordés si l’on veut appliquer, ne serait-ce que partiellement, les points soulevés par l’initiative « contre les rémunérations abusives ». De plus, dans la révision en cours du droit de la société anonyme, il faut accroître la notion d’utilité des hauts salaires des dirigeants pour la collectivité en Suisse, faute de quoi la mauvaise humeur de la population à l’égard d’indemnités excessives et injustifiées perçues par l’élite économique persistera. Deux voies s’ouvrent à cet effet. D’une part, à partir d’un certain montant (par exemple, dès un million de francs), les indemnités destinées aux cadres supérieurs ne doivent plus entraîner de déduction fiscale pour les entreprises, à titre de charge justifiée par l’usage commercial. Au lieu de cela, elles devraient être classées dans la rubrique des distributions de bénéfices et, partant, être soumises à l’imposition sur les bénéfices. D’autre part, une discussion sérieuse doit avoir lieu à propos d’un impôt de solidarité pour les très hauts salaires des dirigeants. La progression en matière d’impôt fédéral direct est orientée vers une structure des revenus « normaux » et plafonne à 755‘200 francs pour les personnes seules et à 895‘800 francs pour les couples mariés. Mais la forte croissance des hauts salaires des dirigeants et des membres de conseils d’administration au cours des dernières décennies a généré une catégorie de revenus qui dépasse les limites de cette structure des revenus « normaux ». Pour cette nouvelle catégorie, l’impôt fédéral direct ne revêt plus qu’un caractère progressif limité, ce qui est contraire au principe fondamental de la fiscalité fondée sur la performance économique. En recourant à une fiscalité supplémentaire dans ce domaine, on augmenterait l’utilité des hauts salaires des dirigeants pour la collectivité, ce qui entraînerait dès lors une meilleure acceptation de ces salaires-là.


1 Voir les résultats complets sous http://www.travailsuisse.ch/themes/travail/salaires_des_managers

16 octobre 2017, Gabriel Fischer, Responsable politique économique

Les proches aidants méritent notre soutien – aussi dans toute la Suisse

Le 30 octobre est, en Suisse romande, la Journée des proches aidants. Cette journée intercantonale est organisée pour la quatrième année consécutive par les cantons romands, avec la collaboration de diverses associations. Symbolique, cette action est pourtant très importante et gagnera à devenir une journée nationale. Mais le chemin à parcourir en Suisse alémanique est encore long. Travail.Suisse s’engage pour que la reconnaissance publique du travail des proches aidants fasse l’objet une journée célébrée aussi au niveau national. suite

Sous l’impulsion du canton de Vaud, pionnier en la matière, tous les cantons romands s’unissent sous la bannière de la « Journée des proches aidants » du 30 octobre (www.journee-proches-aidants.ch). Toute une série d’événements sont organisés autour de l’engagement de ceux et de celles qui permettent à leurs proches de continuer à vivre à leur domicile dans de bonnes conditions, malgré une perte d’autonomie. Expositions ou conférences, café-rencontres ou brunchs, stands sur des marchés, spectacles de théâtre ou projection de films, il y en a pour tous les goûts !

Journée romande des proches aidants – un symbole fort

Cette journée est bien sûr symbolique. Mais le symbole est fort et on aurait tort de le négliger. En Suisse, 56% de la population active sont concernés par des tâches de care et prennent des jours de congé pour les réaliser (hors vacances). En 2013, 15% des personnes actives ont déclaré avoir réduit leur activité professionnelle ou ont été empêchés de travailler en raison de leur travail de care 1 . Dans l’ensemble de la population résidante permanente de 15 à 64 ans, 35% prend régulièrement en charge des enfants ou des adultes en Suisse. Cette part équivaut à 1,9 million de personnes. Le volume de travail de care direct représente plus de 80 milliards de francs par an. Quant au travail de care indirect, c’est le travail domestique lié à la prise en charge de la famille (faire la cuisine, le ménage, les lessives, les achats, etc.), soit toutes les tâches indispensables que les personnes aidées ne peuvent en général pas effectuer elles-mêmes. Le volume du travail de care indirect se chiffre à 20 milliards de francs par an. Au total, le travail de care pèse l’équivalent de 100 milliards ! C’est dire si l’équilibre social et sanitaire serait vacillant si on ne pouvait plus compter sur les proches aidants. Cette journée rend hommage à tous ceux et celles qui consacrent du temps, de l’énergie et de l’argent, et trop souvent y perdent leur propre santé faute de décharge suffisante.

A Zürich s’organise le « Tag für pflegende und betreuende Angehörige »

Une organisation privée à but non lucratif – Entlastungsdienst Schweiz – organise cette année une manifestation d’impulsion pour sensibiliser la partie alémanique de notre pays à la nécessité de se souvenir de l’immense aide quotidienne apportée par Monsieur et Madame Tout-le-monde à leurs proches âgés et/ou malades. L’organisation propose des services payants aux proches aidants pour les décharger et les aider dans plusieurs cantons (Argovie-Soleure, Berne, Ville de Saint-Gall, Zürich). La conférence est consacrée à la conciliation de l’activité professionnelle et du travail de care (https://www.angehoerige-pflegen.ch/workcare). Elle est soutenue par quelques organisations actives sur place (profawo, Association Alzheimer, Spitex, Pro Senectute, Croix-Rouge suisse, Servicefamille, etc.) qui côtoient au quotidien des proches aidants.

Travail.Suisse participera à cette manifestation zurichoise, forte de son expérience acquise avec le lancement de la première plateforme nationale et gratuite destinée aux proches aidants qui travaillent. Lancé il y a juste une année, le site www.info-workcare.ch propose gratuitement informations, check-listes, conseils d’urgence et adresses de proximité à tous ceux et toutes celles qui doivent jongler entre activités professionnelles et ce vrai travail, le travail dit de « care ».

En participant, Travail.Suisse souhaite apporter sa contribution à la nécessaire sensibilisation des cantons alémaniques en matière de reconnaissance de l’engagement des proches aidants. Les cantons sont responsables des infrastructures de prise en charge des enfants et des personnes âgées et/ou malades. Avant le stade d’une complète prise en charge, les autorités cantonales y gagnent à encourager le travail de care par les proches. En collaborant avec les diverses associations et ligues de santé, les cantons sont à même de coordonner les efforts et les offres, afin de faciliter la vie des proches aidants. Les cantons romands l’ont déjà bien compris. Au tour des cantons suisses-alémaniques de prendre conscience des enjeux.

Des réponses politiques sont nécessaires

L’objectif est, pour Travail.Suisse, d’encourager l’aide intergénérationnelle au sein des familles. Certes cette aide est nécessaire du point de vue macro-économique. Cette aide est surtout souhaitée par les personnes qui en bénéficient, comme par les proches aidants qui s’investissent volontiers et sans compter auprès de leurs aînés.

Pour Travail.Suisse, il est important que tous, hommes et femmes, prennent leur part de manière équitable afin de permettre à chacun de continuer de travailler tout en restant en bonne santé. Comme il est primordial aussi que la politique s’en mêle et prenne les mesures nécessaires afin de permettre et faciliter cette conciliation. Car de cette conciliation dépend la santé actuelle et future de la main d’œuvre active ainsi que le niveau de sa future retraite. Vu le nombre de personnes concernées aujourd’hui et demain, il serait irresponsable de ne s’en remettre qu’aux seules entreprises pour trouver des solutions. C’est le message que répète Travail.Suisse dans ses contacts réguliers avec les partenaires sociaux, les parlementaires et l’administration fédérale.


1 Enquête suisse sur la population active ESSP 2014 et 2013, OFS, Neuchâtel.

16 octobre 2017, Valérie Borioli Sandoz, Responsable politique d'égalité

Aux urnes pour notre AVS!

La réforme sur laquelle nous voterons ce week-end assure notre prévoyance vieillesse. Concrètement: celle-ci reste finançable ces prochaines années. Et surtout: elle pérennise nos rentes sans les diminuer! Cette réforme bénéficie aux plus jeunes et aux plus âgés. suite

Ce dimanche de votation, le 24 septembre, les enjeux seront fondamentaux. Et il n’y a aucun doute: seul un double «oui» permettra de stabiliser la prévoyance vieillesse, de garantir les rentes et la retraite à 65 ans. Si nous perdons la votation, les associations patronales – excepté celles de Suisse romande – et ceux qui veulent détruire l’AVS auront gagné. Cela veut dire qu’ils supprimeront le supplément AVS, qu’ils introduiront un taux de conversion plus bas et une retraite à 67 ans pour tous – sans aucune mesure de compensation. La population votante suisse doit en être consciente.

La réforme est importante car elle modernise la prévoyance vieillesse, en améliorant notamment le deuxième pilier des travailleurs à temps partiel. En outre, la baisse du taux de conversion minimal permet d’éviter un financement croisé des caisses de pension des jeunes vers les plus âgés. Par ailleurs, le financement supplémentaire via la TVA garantit des finances AVS solides et empêche un trou de plusieurs milliards que les jeunes générations seraient les seules à devoir combler. Par conséquent, cette réforme ne les «trahit» pas. En cas de refus, des mesures d’économies drastiques et une hausse massive des cotisations menacent ces prochaines années.

Plus de sécurité pour les seniors

La prévoyance professionnelle pénalise aujourd’hui les chômeurs seniors, car avec la perte de leur emploi ils perdent aussi leur droit à une rente de la caisse de pension. La Prévoyance vieillesse 2020 met un terme à cette double punition. En effet, en cas de perte d’emploi après 58 ans, un travailleur pourra rester affilié à sa caisse de pension et bénéficiera ultérieurement d’une rente. De plus, un motif important de discrimination due à l’âge tombe, car les cotisations au deuxième pilier des travailleurs d’âge moyen se rapprochent de celles des 55 ans et plus. Ainsi, par rapport à leurs collègues plus jeunes, les travailleurs âgés deviennent moins «chers» pour les entreprises.

Bénéfique pour tous les retraités

Aux dires des opposants, la Prévoyance vieillesse 2020 «punirait les retraités». Tout cela est entièrement faux! En effet, cette réforme, associée à une légère hausse de la TVA, permet de couvrir les coûts du vieillissement démographique pour les prochaines années. Les retraités actuels en bénéficieront également, car cela permettra d’adapter leur rente tous les deux ans à l’évolution des salaires et des prix.

Compromis le plus important de la décennie

La réforme de la prévoyance vieillesse garantit les rentes sans diminution, introduit d’importantes modernisations et répartit les sacrifices sur de nombreuses épaules. Le compromis est équitable. Plutôt que de monter les générations les unes contre les autres, les opposants devraient jouer franc jeu. L’objectif qu’ils visent avec un non est clair: pas de supplément AVS, mais oui à la hausse de l’âge de la retraite des femmes et à une baisse du taux de conversion – avec en ligne de mire la retraite à 67 ans pour tous.

La réforme apporte une sécurité accrue aux plus jeunes et aux plus âgés. La torpiller est un geste irresponsable envers toutes les générations. Nous devons accepter ce compromis, il n’y en aura pas de meilleur.

18 septembre 2017, Adrian Wüthrich, Président

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