Thèmes – Autres points forts

Protocole III concernant l’extension de l’accord sur la libre circulation des personnes (ALCP) du 21 juin 1999 à la Croatie

28 novembre 2013, Gabriel Fischer, Responsable politique économique

Les 50+ sur le marché du travail : pourquoi il faut agir
et comment

En comparaison internationale, le taux de participation des travailleurs de plus de 50 ans au marché du travail suisse est élevé. Mais l’évolution démographique va faire augmenter notablement la part de ce groupe dans la population active. Le moment est venu d’agir concrètement, en particulier pour parer au manque de personnel qualifié qui va faire sentir de plus en plus ses effets dans les années à venir. suite

Le taux d’activité des 50-64 ans était de 76% en 2011 et celui des 55 ans et plus de 70%, ce qui place notre pays – dans le cadre des pays de l’UE/AELE – en troisième position derrière l’Islande et la Suède. Quant à la moyenne de l’UE elle est de 49,7. Ces bons résultats ne doivent toutefois pas donner l’impression que tout va pour le mieux et que la nécessité d’agir soit faible.
En effet, si en 2010, on dénombrait 786’000 personnes actives de 55 ans ou plus, soit 17,5% de la population active, selon le scénario moyen de l’évolution de la population de la Suisse, cette catégorie représentera plus de 20% en 2020 et 22% vers 2025. 1
Etant donné qu’aujourd’hui déjà se profile une pénurie de main-d’œuvre dans de nombreux métiers – les professions MINT 2 mais aussi d’autres professions par exemple dans le secteur public (enseignants, CFF), il est très important d’anticiper l’évolution démographique et de faire en sorte que les travailleurs plus âgés puissent se maintenir plus longtemps sur le marché du travail. Les autres raisons qui plaident pour promouvoir l’emploi des 50 ans et plus sont la nécessité de limiter le report de charges vers les assurances sociales et l’aide sociale et de ne pas dépendre trop fortement de la solution parfois de facilité offerte par la libre-circulation des personnes.
Certaines branches sont plus touchées que d’autres par le phénomène du vieillissement de leur personnel : ce sont notamment les branches de la santé et de l’action sociale et de l’enseignement qui ont vu, entre 2000 et 2010, une importante progression du nombre de travailleurs plus âgés.
S’il est vrai que la pénurie de main-d’œuvre a fait prendre conscience du problème et suscite un débat pour améliorer l’employabilité des travailleurs plus âgés, prédomine encore une vision marquée par le jeunisme avec l’idée que les 50+ sont moins performants. Or la réalité est beaucoup plus complexe car tout dépend des tâches qu’ils effectuent et des possibilités de changements de postes. Relevons aussi que catégoriser les travailleurs plus âgés en tant que tels est arbitraire tant il existe de différences individuelles.
Des entreprises de placement ou de travail temporaire rendent compte d’une dégradation récente de la situation pour les personnes de plus de 50 ans sur le marché du travail. D’une part, ils sont davantage licenciés, d’autre part les entreprises les embauchent moins facilement ou, pire, ont comme politique – tacite – de ne pas engager les personnes de plus de 50 ans. 3

Améliorer les conditions-cadres…

Depuis quelques années, le Département fédéral de l’intérieur (DFI) et le Département fédéral de l’économie, de la formation et de la recherche (DEFR) ont pris conscience de la nécessité de promouvoir la participation des travailleurs plus âgés au marché du travail, compte tenu du vieillissement démographique. Mais les mesures prises jusqu’ici demeurent trop ponctuelles et modestes. Ainsi, pour ce qui est de l’assurance-chômage, on a légèrement amélioré les conditions pour les allocations d’initiation au travail pour les chômeurs de plus de 50 ans. Des efforts sont faits pour promouvoir la santé au travail. Mais des mesures pourtant nécessaires font complètement défaut comme par exemple la nécessité de mettre en place une politique de non-discrimination par l’âge à l’embauche. Il est aussi très important de favoriser la formation et la formation continue des 50+. Le Conseil fédéral et le Parlement commencent à en prendre conscience et on peut espérer que bientôt les bases légales seront modifiées pour tenir compte de cette nécessité.

Le DEFR, dans son initiative pour combattre la pénurie de personnel qualifié, relève que les principaux potentiels disponibles se trouvent chez les femmes et les travailleurs âgés. En 2009, l’économie aurait disposé de 420’000 équivalents plein temps supplémentaires si le potentiel des sans-emploi et des personnes non actives et occupées à temps partiel âgés de 55 à 64 ans avait été entièrement mis à profit. Le potentiel est donc là et des mesures concrètes devraient être mises en œuvre pour en tirer au moins partiellement profit.

… et diffuser les bonnes pratiques d’entreprises

Mais à elle seule, l’amélioration des conditions-cadres générales pour les travailleurs plus âgés ne suffira pas à promouvoir suffisamment l’emploi et l’employabilité des 50+. Pour y arriver, il faut que les bonnes pratiques d’entreprises relatives à une politique de gestion des âges soient mieux connues et généralisées. Car il n’est pas nécessaire de réinventer la roue. De nombreuses études réalisées au cours de ces dernières années en Suisse ou à l’étranger indiquent assez clairement quelles sont les mesures qui peuvent être mises en place ; à titre d’exemple on peut citer le passage flexible vers la retraite, une évolution des fonctions, l’ergonomie et un case-management 50+, la formation continue, les politiques d’embauche non discriminatoires, l’aménagement des relations intergénérationnelles, la connaissance par l’entreprise de la structure des âges etc. 4

On constate en tout cas une volonté d’un certain nombre d’entreprises d’aller de l’avant sur cette question comme en témoignent par exemple les initiatives prises par de nombreuses grandes entreprises suisses, dont certaines viennent de se regrouper dans un réseau d’entreprises pour entreprises avec le but de réaliser un management des générations permettant la réussite économique. 5

La migration n’est pas une solution

Il serait dangereux de croire que le problème du vieillissement de la population active pourra être durablement compensé par la migration ou la libre circulation des personnes. En effet, le vieillissement de la population est une réalité en cours dans toute l’Europe et certains pays se voient peu à peu confrontés à une évolution démographique plus défavorable que celle de la Suisse, l’Allemagne par exemple. Si l’on prend ce dernier pays, devenu un important pourvoyeur de personnel qualifié ces dernières années pour l’économie suisse, on constate de plus en plus d’initiatives visant à faire revenir en Allemagne les personnes venues travailler en Suisse, par exemple par d’importantes incitations financières. On peut en conclure qu’une optimisation du potentiel de main-d’œuvre indigène, où la valorisation des travailleurs plus âgés est un volet très important, doit être considérée comme une stratégie fondamentale pour le maintien du taux de population active et donc de la prospérité et du bien-être pour la population de notre pays.


Un projet sur les travailleurs plus âgés de Travail.Suisse avec des partenaires de Hongrie

Dans le cadre de la contribution à l’élargissement de la Suisse aux nouveaux pays membres de l’UE Travail.Suisse a obtenu un financement pour un projet de coopération sous le titre « Promotion de l’emploi des travailleurs plus âgés. L’expérience suisse et actions proposées en Hongrie. »
En Hongrie, le taux d’activité des plus de 50 ans est parmi les plus bas des pays de l’UE alors que c’est l’inverse en Suisse. C’est la raison pour laquelle les partenaires hongrois du projet (la fédération nationale des conseils d’entreprise (MOSz) et l’Association nationale des entrepreneurs et employeurs de Hongrie) veulent mieux connaître la situation des travailleurs âgés sur le marché du travail helvétique.
Une partie du projet consiste dans un tour d’étude en Suisse du 25 au 30 novembre 2012, organisé par Travail.Suisse pour des représentants de ces deux partenaires. Pendant le tour, les partenaires hongrois visiteront des entreprises suisses ayant de bonnes pratiques pour les travailleurs plus âgés ainsi que des organisations syndicales et patronales et autres institutions concernées par cette problématique. Dans une seconde phase, un workshop aura lieu en Hongrie intégrant et commentant les expériences de la pratique en Suisse ainsi que celles ayant en cours en Hongrie.
Il en résultera une publication avec des recommandations qui feront l’objet de séminaires régionaux en Hongrie. Le but est de diffuser les bonnes pratiques existantes dans les différentes régions de Hongrie. Ce projet permet simultanément de mieux connaître la situation des travailleurs plus âgés en Suisse même et de faire un travail de sensibilisation pour mieux promouvoir l’emploi et l’employabilité des travailleurs plus âgés aussi dans notre pays.


1 Démos newsletter, no2, mai 2012, Office fédéral de la statistique
2 Il s’agit des professions des mathématiques, informatique, sciences naturelles, ingénieurs
3 NZZ am Sonntag, „Kein Job, keine Rente“, p. 25, 30 juin 2013
4 Par ex. Etudes relatives à la place des personnes d’un certain âge dans les entreprises. Résumés. 27p. 2009. Promotion Santé Suisse ; Stratégie pour l’emploi des seniors. 61p. 2006. Union patronale suisse ; A guide to good practice in age management. 48p. 2006. European Foundation for the Improvment of living and Working Conditions.
5 www.demographieforum.ch; www.demographie-netzwerk.ch

14 octobre 2013, Denis Torche, Denis Torche, Responsable de la politique extérieure

Sept initiatives pour une
Organisation internationale du travail (OIT) bientôt centenaire

Dans le cadre de la Conférence internationale du travail, le tout récent Directeur de l’organisation, M. Guy Ryder, a invité à un examen prospectif de la place du travail « dans nos vies et nos sociétés ». On retiendra aussi le fait que pour la première fois la Conférence s’est penchée sur le thème des emplois verts qui gagne clairement en importance au vu des défis environnementaux. Quant à la commission de l’application des normes, elle a pu heureusement, après le blocage de l’an passé, examiner à nouveau les cas individuels de pays ne respectant pas l’application des conventions internationales du travail. Enfin, parallèlement à la Conférence, la Suisse a adopté, avec les partenaires sociaux, une stratégie nationale pour l’engagement suisse à l’OIT. suite

Le chiffre sept portera-t-il bonheur à l’OIT et aux travailleurs et travailleuses ? Il faut l’espérer. En tout cas le Directeur de l’OIT, M. Ryder se veut visionnaire en annonçant sept initiatives pour célébrer le centenaire de l’OIT en 2019. Les « Sept initiatives pour le centenaire » concernent la gouvernance, les normes, les entreprises, les emplois verts, la pauvreté, les femmes et l’avenir du travail. Ces initiatives devraient renforcer le rôle de l’OIT pour redonner au travail plus de poids dans le contexte de la globalisation de l’économie, source de plus grandes richesses mais aussi d’inégalités accrues et de précarisation du travail.

Plusieurs résolutions ont été adoptées par la Conférence :

Une résolution qui invite l’OIT à agir pour promouvoir l’emploi et la protection sociale pour relever le défi démographique. Il est indispensable d’accroître les taux d’emploi pour satisfaire les besoins en matière de protection sociale et de développement économique.

Des politiques destinées à améliorer la productivité peuvent compenser le tassement de la main-d’œuvre dans les sociétés vieillissantes dans des domaines comme la formation tout au long de la vie, l’amélioration des conditions de travail ou des pratiques antidiscriminatoires par rapport à l’âge. Par exemple, les limites d’âge pour l’accès à l’apprentissage et à la formation devraient être supprimées. Une revendication que Travail.Suisse demande aussi en Suisse.

Une résolution concernant la discussion sur le dialogue social, lequel constitue pour l’OIT, avec le tripartisme, le modèle le plus favorable à la justice sociale, à des relations profession-nelles équitables et au travail décent. Un plan d’action est prévu pour favoriser le dialogue social.

Le dialogue social se fonde sur le respect de la liberté syndicale et la reconnaissance effective du droit de négociation collective. Ces droits s’appliquent aux travailleurs et aux travailleuses de tous les secteurs, au titre de toute forme de relation de travail, y compris à ceux du secteur public, de l’économie informelle, de l’économie rurale, des zones franches d’exportation et des micro, petites et moyennes entreprises, ainsi qu’aux travailleurs domestiques et migrants. Avec la crise économique, on constate que dans un certain nombre de pays les réformes affectant tant le secteur public que le secteur privé ont limité la portée du dialogue social, affaibli les mécanismes de la négociation collective et restreint l’autonomie des partenaires sociaux.

Une résolution concernant le développement durable, le travail décent et les emplois verts. Les conclusions de cette résolution devraient être prises en compte lors de l’adoption de futurs programmes de l’OIT. Ainsi, le développement durable n’est possible qu’avec la participation active du monde du travail. Des gains nets dans l’emploi total sont possibles grâce à des investissements dans la production et la consommation écologiquement durables.

Mais il faudra aussi se soucier, dans le cadre d’une transition juste, de la reconversion et du perfectionnement professionnel des employés qui perdront leur emploi en raison de pertes d’emplois dans des branches ou secteurs qui polluent l’environnement.

La commission de l’application des normes a pu examiner 25 cas de pays posant des problèmes, souvent très graves, en matière d’application des droits du travail. L’an passé, cela avait été rendu impossible parce que le groupe des employeurs contestait en particulier l’interprétation faite de la convention no 87 sur la liberté syndicale et le droit de grève qui en découle implicitement. Les questions de fond ne sont toujours pas réglées mais il y a une volonté de les résoudre.

Outre les cas de violation des conventions internationale du travail, la Commission de l’application des normes discute chaque année d’une étude d’ensemble sur un thème choisi. Cette année, il s’agissait de la négociation collective dans la fonction publique qui est couverte par les conventions no 151 sur les relations de travail dans la fonction publique, 1978, et no 154 sur la convention collective, 1981. L’étude d’ensemble souligne les difficultés rencontrées par les travailleurs et travailleuses de la fonction publique en ce qui concerne le droit à la liberté syndicales et la négociation collective. Au cours des dernières décennies, les conditions de travail ont subi des changements substantiels réduisant la distinction dans de nombreux pays entre les employés de la fonction publique et ceux du secteur privé.

Une stratégie de la Suisse pour l’OIT

En marge de la Conférence internationale du travail, il faut saluer le fait que la Suisse est désireuse d’être plus active à l’OIT. C’est la raison pour laquelle une stratégie 1 a été élaborée au sein de la Commission fédérale tripartite pour les affaires de l’OIT dans laquelle Travail.Suisse est représentée.

Cette stratégie est fondée sur trois axes prioritaires : l’engagement pour le renforcement de l’OIT, l’application et la promotion de manière crédible des principes et normes de l’OIT en Suisse et la promotion du travail décent dans le monde. Dans un monde où l’internationalisation croissante de l’économie relègue au second plan les objectifs sociaux, du travail et de l’environnement, tout renforcement de l’OIT – qui est la seule organisation tripartite (gouvernements, employeurs, travailleurs) mondiale et qui s’occupe des questions du travail – est à saluer.

1Pour la justice sociale : l’engagement suisse à l’Organisation internationale du travail. SECO

26 août 2013, Denis Torche, Responsable politique internationale

Chacun y trouve son compte

Brücke • Le pont, l’œuvre d’entraide de Travail.Suisse et du KAB, aident les familles pauvres au Togo et au Bénin à se sortir de la misère. Le mot magique est la collaboration. suite

La collaboration permet d’obtenir de bons résultats, meilleurs que dans un climat de concurrence déloyale. C’est la raison pour laquelle Brücke • Le pont promeut depuis plusieurs années la création de «filières», au Togo et au Bénin, par exemple.

De la concurrence au partenariat

Lorsque des petits paysans rencontrent des négociants, c’est souvent dans un climat de méfiance réciproque. Les uns et les autres essaient de tirer la couverture de leur côté et les coups tordus sont fréquents. Les deux parties sont alors lésées. Ces dernières années, les projets de Brücke • Le pont ont permis de changer cette mentalité. Progressivement, les différentes parties ont appris que la collaboration pouvait être profitable à tous, à condition de faire preuve de franchise et de confiance.

Répondre à la demande

Un des facteurs déterminants de la réussite veut que l’offre correspondre à la demande, sinon les paysans restent avec des invendus dont ils ne savent que faire. Pour les producteurs, une première étape de la collaboration consiste à consulter les acheteurs du marché et les gros clients tels que les propriétaires de restaurants afin de savoir quels sont les produits et la qualité demandés. Grâce à des accords, les producteurs s’assurent des débouchés fixes pour leurs marchandises et les négociants obtiennent régulièrement des produits de bonne qualité.

La transformation génère une plus-value

La demande de produits transformés ne cesse de croître : riz étuvé, farine de manioc, huile de qualité, produits à base de soja, viande en portions, pain à base de céréales locales, tomates en conserve. Les paysans transforment leurs produits eux-mêmes ou en collaboration avec d’autres. Résultat : des postes de travail supplémentaires et une plus-value pour les produits. Les produits bio ont le vent en poupe. Non seulement la production biologique préserve les sols et promeut la santé, mais elle crée aussi du travail et des revenus.

Les enfants en bénéficient

Dans les familles pauvres, beaucoup d’enfants doivent travailler dur et contribuer au revenu de la famille et ne peuvent fréquenter l’école. Certains parents confient un ou plusieurs enfants à des familles étrangères, jusqu’au Nigéria, tout en espérant qu’ils y soient bien soignés. Mais nombreux sont ceux qui tombent dans l’esclavage et doivent travailler dans des plantations, des ateliers ou la construction. Ces tragédies peuvent être évitées si les parents ont un emploi stable et un revenu décent qui leur permettent de garder leurs enfants auprès d’eux et de subvenir à leurs besoins : nourriture, habillement, formation, santé et aussi l’exemple de parents responsables et travailleurs.

Mettre les autorités à contribution

Une étude sur le développement des secteurs de l’agriculture et des produits alimentaires au Togo et au Bénin a démontré qu’il existe dans les deux pays des lois et des ordonnances qui devraient favoriser le domaine agricole local mais qui ne sont guère mises en œuvre. Les organisations partenaires de Brücke • Le pont s’emploieront donc de plus en plus à agir auprès des autorités compétentes pour que les lois soient appliquées et que l’agriculture locale soit renforcée. Cela aura pour effet d’accroître la sécurité alimentaire, ce qui, à terme, profitera à toute la population.

Grâce à un don, vous pouvez aider les familles de petits paysans et renforcer la sécurité alimentaire au niveau local. CCP 69-62947-2. Pour en savoir plus : www.bruecke-lepont.ch

Devenez parrain ou marraine !
Aidez des personnes défavorisées à acquérir leur autonomie et à retrouver leur dignité. Brücke ∙ Le pont vous propose trois parrainages thématiques : 1) formation professionnelle pour jeunes gens, 2) revenu et alimentation pour familles pauvres, 3) droits et salaire décent pour travailleurs et travailleuses. Avec 1 franc par jour, vous devenez marraine ou parrain. Information : 026 425 51 53, www.bruecke-lepont.ch

26 août 2013, José Balmer, Brücke-Le pont

Le travail décent,
la pièce-maîtresse oubliée de l’économie verte !

Pour que le monde devienne vraiment durable, il ne faut pas seulement que l’économie devienne « verte » mais aussi qu’elle procure des emplois décents. En mettant la thématique du développement durable, du travail décent et des emplois verts à son ordre du jour, la Conférence internationale du Travail apporte une réflexion essentielle sur la nécessité de traiter de façon interdépendante les problèmes environnementaux et du travail décent. suite

Le réchauffement climatique fait peser de graves menaces pour l’être humain et l’environnement ; la croissance économique époustouflante des pays émergents conduit à un épuisement des ressources naturelles. L’urbanisation galopante des pays en développement crée de graves problèmes pour la santé des êtres humains et l’environnement avec la pollution de l’air et la nécessité du traitement des eaux et des déchets.

Ces facteurs concourent à faire de l’économie verte un des grands thèmes actuels. On parle de cleantech, de greentech, d’économie verte, de croissance verte. Les cleantech ou technologies propres sont présentées comme la solution pour régler les problèmes environnementaux. En Suisse aussi, la question de l’environnement est traitée essentiellement sous l’angle technologique, de l’efficacité énergétique et du développement des énergies renouvelables comme en témoigne la stratégie énergétique 2050 visant à remplacer le courant nucléaire au cours des prochaines décennies.

Pas de durabilité sans travail décent

Cette approche, qui inclut la recherche et l’innovation, est certes indispensable pour mettre l’économie sur les rails de l’écologie. Mais elle ne suffit pas. Car pour réussir dans le monde la transition indispensable vers l’économie verte, il faut se préoccuper non seulement des effets du réchauffement climatique, de la pollution ou de la raréfaction des ressources naturelles sur l’économie mais aussi sur les travailleurs et travailleuses qu’elle emploie.

En effet, cette transition nécessitera de nouvelles compétences et qualifications dans de nouveaux secteurs d’activités ; elle provoquera aussi des suppressions d’emplois dans de nombreuses branches même si, sur le plan global, on peut espérer un bilan positif pour l’emploi de cette transition. Il y a aussi la question de la qualité des emplois dans l’ économie verte » : est-ce de bons emplois ? de qualité ? Ou, au contraire, les nouveaux emplois dans les cleantech seraient-ils moins rémunérateurs et de qualité plus médiocre ?

En mettant à son ordre du jour le thème du développement durable, du travail décent et des emplois verts, la Conférence internationale du Travail apporte une contribution indispensable. L’économie toujours plus globalisée qui recherche le coût de main-d’œuvre le plus bas avec des conséquences parfois désastreuses – il suffit de penser à l’exemple de l’industrie textile au Bangladesh – n’est pas durable si on intègre pas la question de l’environnement et du travail décent.

Dans le rapport 1 , qui servira de cadre à la discussion lors de la Conférence internationale du Travail du mois de juin, on peut lire que les deux grands défis du XXIème siècle sont d’assurer la durabilité de l’environnement et faire du travail décent pour tous une réalité. Mais ce qu’il faut retenir en premier lieu c’est le fait que l’un et l’autre sont étroitement liés et devront être traités ensemble. Donc pas de durabilité sans travail décent !

Dans ce débat, l’Organisation internationale du travail (OIT) est bien placée pour montrer cette interdépendance puisque la promotion du travail décent est devenue l’un de ses points centraux à son agenda. Par travail décent, on entend un travail qui s’exerce dans des conditions de dignité, qui assure un revenu suffisant, qui procure un minimum de sécurité sociale et qui fait intervenir le dialogue social.

Sans travail décent, les problèmes sociaux non résolus, tels que le chômage des jeunes, la pauvreté, une mauvaise santé etc, rendent encore plus difficile la résolution des difficultés qui se posent sur le plan de l’environnement. En d’autres termes, l’environnement et le progrès social ne doivent plus être considérés comme deux fondements distincts d’un développement durable. Il faut plutôt y voir deux dimensions étroitement liées l’une à l’autre.

La protection de l’environnement crée des emplois nets…

Selon le rapport, une économie plus verte pourrait déboucher sur des gains nets se chiffrant à 60 millions d’emplois. La plupart des études portant sur les effets nets engendrés par les mesures de politique environnementale sur l’emploi, qu’elles aient été menées aux niveaux mondial, régional ou national, présentent des conclusions positives. On constate un double dividende (pour l’environnement et pour l’emploi) lorsque l’on introduit des taxes environnementales et que l’on utilise les recettes pour abaisser les coûts du travail. Ainsi, l’étude qu’a menée l’Institut international d’études sociales (IIES), à l’échelle mondiale, parvient à la conclusion que l’introduction d’une taxe sur les émissions de CO2 pourrait créer 14 millions de nouveaux emplois nets si les recettes de cette taxe étaient allouées à la réduction du coût du travail. En Chine, 6,8 millions d’emplois directs et indirects seraient créés en parvenant aux objectifs du gouvernement en matière d’énergies éolienne, solaire et hydroélectrique. En Corée, de 11,8 à 14,7 millions d’emplois pourraient être créés d’ici à 2020 par suite d’un investissement public de 97 milliards de dollars E.-U prévu pour la période 2009-2013 pour soutenir la transition écologique.

…et généralement meilleurs

Ces nouveaux emplois tendront à se caractériser par des niveaux de qualification, de sécurité et de rémunération supérieurs à ceux des emplois comparables dans les mêmes secteurs. Des données provenant d’Allemagne et d’Espagne montrent que les emplois dans la production de biens et de services écologiques sont très majoritairement à durée indéterminée et à temps plein et que les niveaux de qualification des travailleurs dans ce secteur dépassent largement ceux de la moyenne de la population active nationale. En Chine aussi, les travailleurs des parcs éoliens bénéficient de revenus annuels moyens plus élevés, d’une plus grande sécurité d’emploi, de meilleures conditions de travail et d’un plus haut niveau de protection sur le lieu de travail que leurs homologues des centrales électriques classiques.

Nécessité d’améliorer la formation et les compétences

Mais un accent tout particulier devra être mis sur la formation et les compétences afin que le facteur humain ne soit pas un obstacle au développement des emplois dans l’économie verte. Ce sera en particulier le cas dans les secteurs de la gestion des déchets et du recyclage ainsi que dans celui de la construction.

L’emploi dans le secteur de la gestion des déchets continuera de se développer avec la généralisation du recyclage. Des études américaines ont révélé que le tri et le traitement des matières recyclables procurent dix fois plus d’emplois par tonne de déchets que l’enfouissement ou l’incinération. Pour les dix ou vingt prochaines années, quelque 1,8 million d’emplois directs pourraient être créés dans l’Union européenne et aux Etats-Unis uniquement en portant le taux de recyclage à 70 ou 75%. 2 Jusqu’ici, on a privilégié dans ce secteur la création d’emplois et la formation professionnelle mais sans trop se préoccuper de la qualité du travail. Or, l’augmentation du tri pose des problèmes car ce travail s’effectue à une cadence rapide, sur des tapis roulants présentant des risques et il est mal rémunéré.

Le secteur de la construction, qui emploie au moins 110 millions de travailleurs dans le monde, a un très grand potentiel de création d’emplois du fait de son très fort potentiel d’amélioration de l’efficacité énergétique. Mais pour exploiter ce potentiel, en particulier avec l’introduction des énergies renouvelables dans les bâtiments, il faudra améliorer les conditions de travail pour trouver le personnel nécessaire et investir dans la formation de ce personnel pour qu’il soit à même de répondre aux nouvelles compétences exigées, par exemple pour le montage des systèmes solaires thermique et photovoltaïque.

La Suisse va de l’avant dans l’importance qu’il faut accorder aux compétences cleantech dans la formation professionnelle. Le Conseil fédéral vient de rendre public le contenu d’une étude 3 qui a examiné toutes les filières de la formation professionnelle initiale en fonction des contenus relatifs aux cleantech. Bien que le Conseil fédéral soit parvenu à la conclusion que de nouvelles mesures politiques ne sont pas nécessaires, il recommande toutefois aux organisations du monde du travail de tenir compte des conclusions de l’étude pour les réformes futures des professions. Il s’agit de prendre en compte les compétences cleantech dans l’ensemble du système de formation.

1 Rapport V. Développement durable, travail décent et emplois verts. Conférence internationale du Travail. 121 p. 2013
2 « Les emplois verts sont-ils des emplois décents », Journal international de recherche syndicale, 2012, volume 4, no 2, p. 158.
3 Les cleantech dans la formation professionnelle initiale. Analyse des plans de formation et recommandations concernant leur développement. Rapport du Conseil fédéral. Mai 2013. 30p.

27 mai 2013, Denis Torche, Responsable politique énergétique

Informations juridiques | Impressum | Sitemap | Full Site | LOGIN