Thèmes – Egalité

Le retour à la vie active dans l’angle mort de l’assurance-chômage

Le retour au travail est un long processus parsemé d’embûches, notamment en matière d’accès à des cours spécifiques. En théorie, les candidat-e-s au retour peuvent bénéficier des mesures prévues par la loi sur l’assurance-chômage. Dans les faits, ces personnes sont dans l’angle mort de la loi. Une initiative parlementaire déposée par le vice-président de Travail.Suisse – Jacques-André Maire – souhaite combler cette lacune de la loi. Elle est traitée cette semaine en commission. suite

La pénurie en main d’œuvre qualifiée, motivée et intégrée dans la société suisse est une douloureuse réalité. Les milieux syndicaux, rejoints récemment par les milieux économiques et patronaux, s’accordent à dire qu’il est nécessaire que les entreprises puissent bénéficier des forces vives à disposition dans notre pays. Un des potentiels de main d’œuvre est constitué des personnes restées éloignées du marché du travail durant plus de quatre ans pour des raisons familiales, des femmes dans la plupart des cas. Le 21 janvier dernier, l’Union patronale suisse et economiesuisse lancent le projet «Avenir du marché suisse du travail». On y lit qu’il faut « mobiliser le potentiel autochtone». Dans la ligne de mire sont visées les personnes âgées, les femmes, les jeunes et les personnes atteintes dans leur santé.

Cette démarche a fait suite à celle du gouvernement, qui a lancé en 2011 déjà son Initiative pour combattre la pénurie de main d’œuvre qualifiée ou « Fachkräfteinitiative FKI ». Dans le document initial du Département fédéral de l’économie, on identifiait cinq catégories de population comme réservoirs de main d’œuvre : les candidat-e-s au retour à la vie active, ainsi que les parents en charge de l’éducation de leurs enfants, qui « doivent davantage participer à la vie active ».

« Expérience ReProf » – de la recherche à l’agenda politique

Du côté de Travail.Suisse, le problème du retour à la vie active est connu depuis longtemps, notamment grâce à ses contacts avec les services de consultation membres du réseau www.plusplus.ch. Sur mandat du Secrétariat d’Etat à la formation, à la recherche et à l’innovation SEFRI, Travail.Suisse a réalisé de 2011 à 2013 une étude pour connaître les besoins et les défis à relever par les personnes concernées 1. Cette étude a démontré que les candidat-e-s au retour étaient nombreux : les estimations les plus réservées font état de 13’500 personnes concernées chaque année. Celles-ci disposent d’une formation professionnelle II achevée mais qui n’est plus à jour après une interruption d’une dizaine d’années en moyenne. Elles souffrent de lacunes au niveau des connaissances professionnelles ainsi que sur la façon de rechercher du travail et de mettre ses propres compétences en valeur. Par contre, les candidats au retour font preuve d’une motivation hors du commun, en même temps qu’un sentiment très négatif sur leur propre valeur. Le manque de confiance en soi est aggravé par l’inexistence de réseaux liés au monde professionnel et par un certain manque de flexibilité au départ.

Les candidats au retour ont besoin d’un accompagnement qui s’étale sur plusieurs mois, de suivre des cours spécifiquement conçus, de pouvoir mettre en pratique les connaissances acquises lors de stages, d’une aide financière pour la formation continue et de conditions cadres adéquates. Ces personnes n’ont surtout, dans les faits, pas accès aux prestations de l’assurance-chômage, quand bien même la loi les cite de manière explicite. La révision de la LACI en 2011 a aussi réduit leur droit à recevoir des allocations de 12 à 4 mois.

Après avoir largement distribué les résultats de sa recherche, Travail.Suisse a collaboré avec une douzaine de parlementaires qui ont relayé la problématique sous la Coupole fédérale. La thématique est maintenant placée à l’agenda politique 2 .

Quand l’assurance-chômage « met la charrue avant les bœufs »

L’Office fédéral de la statistique l’a constaté dans son analyse de l’Enquête suisse sur la population active 3 : avant la recherche d’un emploi, les femmes sont plus souvent inactives que les hommes (près de 50% de chômeuses selon la définition BIT, contre 30% des chômeurs). En outre, la majorité des femmes (6 sur 10) recherche un emploi sans s’inscrire dans un Office régional de placement. 39,5% des femmes en chômage BIT sont inscrites dans un ORP contre 52,6% des hommes.

Certes, la LACI reconnaît le public-ciblé à ses articles 9b, 14 et 59d. Le premier article définit le délai-cadre en cas de période éducative, soit 4 ans qui peut se prolonger de 2 ans en cas de nouvelle naissance. Durant le délai-cadre, le droit aux allocations a été réduit à 4 mois, ce qui est bien trop court pour se remettre en selle. L’article 14, lui, libère de la période de cotisation les personnes en formation, les personnes malades, accidentées ou en congé maternité, les personnes en prison et les personnes en rupture familiale (séparation, divorce, décès ou invalidité du conjoint) durant une année au maximum après l’évènement.

L’article 59d, enfin, prévoit bien des prestations financières sous la forme des mesures relatives au marché du travail (aucune allocation) pour les personnes qui ne remplissent pas les conditions relatives à la période de cotisation ou qui ne sont pas libérées (art. 14). Le problème est que pour les accorder, une large marge d’interprétation est laissée aux conseillers ORP, notamment quant aux obligations du demandeur d’emploi. Les critères exigés sont impossibles à remplir pour le public-ciblé : en plus d’être apte au placement (art. 15 LACI), il doit pouvoir accepter immédiatement un travail convenable (art. 16 LACI) et doit apporter la preuve d’une recherche d’emploi (art. 17 LACI). C’est ce qui s’appelle « mettre la charrue avant les bœufs » : comment exiger d’un candidat au retour de prouver qu’il recherche un emploi alors qu’il en est au tout début d’un processus long de plusieurs mois durant lequel il doit reconstruire sa confiance en lui et mettre à jour ses connaissances ?

Dans les faits – les statistiques le démontrent – les personnes absentes plus de 4 ans pour raisons éducatives sont exclues du champ des bénéficiaires. Les candidats au retour sont dans un angle mort de la loi.

L’initiative parlementaire Maire : l’occasion de passer des paroles aux actes

Le conseiller national Jacques-André Maire, vice-président de Travail.Suisse, a déposé l’année passée une initiative parlementaire ^4^qui sera traitée cette semaine par la commission fédérale de l’économie et des redevances. L’élu fédéral socialiste neuchâtelois propose simplement de compléter l’article qui désigne les bénéficiaires des mesures de formation (mesures du marché du travail ou MMT). En effet, l’avantage d’inscrire ces personnes dans l’article 60 est qu’elles ne sont pas tenues d’être aptes au placement pendant la durée des cours.

L’article 60 de la loi sur l’assurance-chômage désigne pour le moment deux groupes de personnes : les assurés qui peuvent bénéficier d’une MMT, d’une mesure d’emploi ou qui se préparent à devenir indépendant et les personnes menacées de chômage imminent. Rien n’empêche de désigner formellement un nouveau groupe, celui des candidats au retour à la vie active suite à une période éducative de plus de 4 ans.

- C’est ce qu’il faut pour permettre aux candidats au retour de bénéficier d’une aide financière pour des cours adaptés leur permettant de revenir dans le marché du travail.
- C’est ce qu’il faut pour éviter de leur appliquer des critères en totale inadéquation à leur situation particulière.
- C’est ce qu’il faut pour que l’économie puisse faire appel à ce réservoir de main d’œuvre formée, bien intégrée et hautement motivée que sont les candidats au retour à la vie active.

Les membres de la commission de l’économie et des redevances ont l’occasion de passer des paroles aux actes. Travail.Suisse espère qu’ils auront la clairvoyance d’accepter l’initiative parlementaire de Jacques-André Maire.

1 Rapport final « Réussir son retour à la vie active. Champs d’action et mesures possibles dans le domaine de la formation et de l’intégration des personnes souhaitant réintégrer le marché du travail ». Travail.Suisse, Berne, 2013. http://www.travailsuisse.ch/system/uploadedfiles/2781/original/R%C3%A9ussir_son_retour_%C3%A0_la_vie_active.pdf?1411456130

2 Voir l’article « Les difficultés du retour à la vie active à l’agenda politique », Valérie Borioli Sandoz, Service Médias du 25 mars 2013.

3 « Femmes et chômage: des écarts persistants avec le taux de chômage des hommes. Analyse sur la base de l’enquête suisse sur la population active (ESPA) et de la source Protection sociale et marché du travail (SESAM) de 2001 à 2011 ». Actualités OFS, août 2012.

4 14.452 Initiative parlementaire J.-A. Maire – LACI – Critères relatifs aux mesures de formation en cas de retour à la vie active suite à une période éducative http://www.parlament.ch/f/suche/pages/geschaefte.aspx?gesch_id=20140452

28 avril 2015, Valérie Borioli Sandoz, Responsable politique d'égalité

Assez de concepts : le Conseil des Etats demande du concret

Travail.Suisse, l’organisation indépendante des travailleurs et travailleuses, salue la décision du Conseil des Etats d’accepter la motion Häberli-Koller qui demande au Conseil fédéral de prendre des mesures concrètes afin de faire face à la pénurie de main d’œuvre qualifiée. suite

La motion de la démocrate chrétienne thurgovienne se justifie d’autant plus compte tenu du nouvel article constitutionnel 121a adopté en votation populaire le 9 février dernier. Jusqu’ici, le gouvernement a adopté une initiative visant à combattre la pénurie de personnel qualifié (FKI) qui ne comprend que de nobles intentions. Travail.Suisse partage l’avis de la députée thurgovienne démocrate chrétienne : on ne peut pas attendre de l’économie qu’elle fasse les efforts nécessaires en la matière. Au Conseil fédéral de modifier la loi pour permettre aux femmes d’augmenter leur taux d’activité et d’empêcher que les travailleurs âgés ne soient poussés vers la sortie. On attend aussi du collège gouvernemental la mise en place d’une politique de la formation qui assure une adéquation de l’offre et de la demande sur le marché de l’emploi.

Pour Travail.Suisse, il est primordial d’analyser d’abord les raisons qui retiennent les femmes de s’investir plus sur le marché de l’emploi. Ensuite, pour assurer l’efficacité des futures mesures, il conviendra de prévoir des sanctions envers les entreprises qui licencient les femmes en raison d’une maternité ou qui n’engagent pas de personnes au-delà de 50 ans.

Pour plus de détails :
Valérie Borioli Sandoz, Responsable Politique de l’égalité, 079 598 06 37

11 décembre 2014, Valérie Borioli Sandoz, Responsable politique d'égalité

La poursuite des aides financières pour l’accueil extrafamilial des enfants est sous toit

Le Conseil des Etats s’est prononcé aujourd’hui en faveur de la poursuite du programme d’impulsion pour la création des places d’accueil extrafamilial. Cette étape est urgente et nécessaire – mais d’autres doivent suivre. suite

Qu’il manque encore de nombreuses places d’accueil extrafamilial en ces temps de vieillissement démographique, surtout compte tenu du manque de main d’œuvre qualifiée qui menace quand bien même de nombreuses femmes et de nombreux hommes bénéficient d’une bonne formation, cela saute aux yeux. La décision d’aujourd’hui est, pour Travail.Suisse, l’organisation faîtière indépendante des travailleurs et des travailleuses, cohérente et importante.

Une situation grotesque du point de vue économique

Etant donné le vieillissement démographique et les changements sociétaux ainsi que la mobilité croissante exigée des travailleurs, il n’est plus opportun de se reposer sur des solutions cantonales inégales. Pouvoir compter sur une infrastructure de garde fiable ne doit plus reposer sur le hasard de la commune où l’on habite. La Suisse ne peut plus longtemps faire l’économie d’une politique familiale moderne et l’Etat doit prendre les commandes.

« L’insécurité actuelle est un poison pour un plus grand engagement professionnel des pères et des mères. Une libre décision portant sur le modèle familial et ses revenus qui dépend du lieu d’habitation n’est plus possible » selon les mots de Matthias Kuert Killer, responsable de la politique sociale chez Travail.Suisse. La situation actuelle est grotesque vue sous l’angle économique : d’un côté on investit de l’argent public dans la formation de jeunes hommes et de jeunes femmes, de l’autre on permet que subsistent de grands obstacles pour ces investissements puissent porter leurs fruits parce qu’il manque des places de garde.

La Suisse ne peut plus se permettre les atermoiements et les hésitations de la Confédération. Travail.Suisse attend du Conseil fédéral des propositions concrètes et un rôle actif durant les quatre prochaines années afin d’améliorer la conciliation entre famille et travail. La création de places de garde comme tâche durable de la Confédération est un élément important dans ce contexte. Plusieurs études démontrent que grâce à des rentrées fiscales et des cotisations aux assurances sociales plus importantes, plus d’argent rentre dans les caisses publiques que ce qui a été investi. « La Confédération doit investir de manière durable dans une infrastructure de prise en charge fiable et cela doit faire partie du Service public » ajoute Kuert Killer.

Pour plus d’informations:
Matthias Kuert Killer, Responsable politique sociale
tél. 031 370 21 11
mobile 079 777 24 69
kuert@travailsuisse.ch

16 septembre 2014, Matthias Kuert Killer, Responsable politique sociale

Concilier le travail et les tâches de « care » auprès de ses proches âgés – Un nouveau projet est lancé !

La conciliation entre l’activité professionnelle et la famille ne doit pas rester une affaire de femmes. C’est vrai pour le travail réalisé dans la sphère domestique avec les enfants en bas âge, cela doit aussi être vrai à l’avenir pour le travail réalisé dans le domaine du « care » auprès des proches âgés. Pour répondre à ce défi et avec le soutien du Bureau fédéral pour l’égalité entre femmes et hommes, Travail.Suisse a lancé un nouveau projet qui vise à développer une plateforme nationale de sensibilisation et d’informations sur internet sur le thème du « work + care ». suite

Le thème de la conciliation du travail salarié avec la garde des enfants a quelque peu monopolisé l’attention des partenaires sociaux et de la politique ces dernières années. Avec raison sans doute puisque notre pays ne dispose toujours pas d’une véritable politique familiale. Seules quelques mesures ponctuelles ont été prises par un Parlement très frileux en la matière. Si le programme d’impulsion de la Confédération pour la création de places d’accueil extra-familial sera très probablement prolongé pour la deuxième fois – comme l’a approuvé dernièrement le Conseil fédéral , on attend toujours l’instauration du congé paternité et la création d’un congé parental. Devoir concilier son travail avec d’autres tâches réalisées dans la sphère privée est aussi une réalité pour les personnes actives à partir de la quarantaine, et non plus seulement pour les jeunes parents. Travailler et s’occuper de ses parents âgés, voilà le défi auquel de nombreuses personnes sont déjà confrontées chaque jour : on parle alors de « work + care ».

Les mots pour le dire

Concilier le travail salarié et le soin à apporter à ses aînés est un vaste champ auquel de nombreux cercles – recherche, administration, politique, associatif – s’intéressent depuis quelque temps. Travail.Suisse, l’organisation faîtière indépendante de travailleurs et de travailleuses, n’est pas en reste et a même fait même œuvre de pionnier en 2011 déjà lorsqu’elle a publié ses dix thèses sur la démographie .

« Concilier activité professionnelle et famille ne doit pas rester une affaire de femmes », telle est sa sixième thèse. C’est avec ce leitmotiv que Travail.Suisse a lancé un nouveau projet qui a pour titre de travail « Aider ses proches âgés + travailler », où le signe « + » illustre la conciliation. Le choix des mots a son importance car il serait faux de penser que les tâches de « care » ne sont pas du travail. C’est un véritable second travail, voire une seconde profession, que les actifs concernés endossent petit à petit, au fur et à mesure que de développe la dépendance de leurs proches âgés.

Après avoir bataillé pour concilier leur travail et la prise en charge et les soins à apporter à leurs enfants, voilà que les quinquagénaires font face à une autre forme de conciliation. Celle-ci est plus silencieuse – voire même taboue – et très répandue. Comme l’a démontré l’étude réalisée par l’Association des services d’aide et de soins à domicile / Spitex , elle concerne les femmes pour les deux tiers (avec de sensibles variations régionales), mais les hommes ne sont pas pour autant absents : ils sont aussi « fils ou mari » et s’occupent aussi de leurs partenaire et de leurs aînés. Le phénomène n’est pas anodin : en moyenne, ce sont entre 26 (pour les filles et fils) et 60 heures (pour les partenaires) d’encadrement qui sont octroyés chaque semaine en moyenne !

Le projet a reçu le soutien financier du Bureau fédéral pour l’égalité entre femmes et hommes car il est de nature à rétablir l’équilibre entre hommes et femmes en incitant les hommes à prendre leur part en la matière.

Définitions des tâches de « care »

Qu’est-ce que le « care » ? Ce terme désigne à l’origine une réflexion éthique née dans les années 70 au sein du mouvement féministe américain, en opposition à une vision rationnelle de la justice qui mettait en avant l’autonomie et qui s’adossait à des valeurs dites plus masculines. La réflexion a été menée par la psychologue et philosophe américaine Carol Gilligan. Le « care » comprend une dimension perceptive (faire attention à …, se soucier de…) et une dimension de l’action (s’occuper de…, prodiguer des soins). Au cœur de la notion de care, il y a le sens de la responsabilité et de l’engagement, l’attention portée à autrui, le relationnel et surtout l’acceptation de la vulnérabilité de chaque personne. Quand on dit « care », il faut comprendre « attention, soin, prévenance, entraide », etc.

En Suisse, le Bureau fédéral de l’égalité définit le travail de « care » comme l’ensemble des « tâches d’assistance, de soins et de garde auprès des enfants ainsi que des adultes tributaires de soins et de prise en charge » . Il souligne aussi que ce travail est une nécessité et que pour qu’il puisse perdurer, comme le souhaitent les proches aidants comme les proches aidés, il est nécessaire de répartir ce travail sur le plus grand nombre possible de personnes, hommes et femmes.

Le projet de Travail.Suisse, qui a démarré en juin dernier, s’en tient à ce qui touche à la conciliation de l’activité professionnelle régulière réalisée au dehors du foyer avec les tâches de « care » que l’on prodigue à ses proches âgés. Le projet vise en particulier à répondre aux premiers questionnements des travailleurs et des travailleuses lorsqu’ils surgissent. La thématique est volontairement restreinte à ce champ et ne prend pas en compte les thématiques très spécifiques des personnes handicapées (enfants et adultes) nécessitant assistance et soins ou lorsqu’un diagnostic médical précis est posé. Le projet de Travail.Suisse veut intervenir en amont, au tout début de la conciliation, afin de la favoriser.

Objectifs du projet

Quand les premières questions se posent quant à la nécessité de conjuguer son activité professionnelle avec de l’aide et du soutien, voire des soins à apporter à ses parents, les travailleurs et les travailleuses devraient pouvoir s’adresser à un point de contact central, une « Erstanlaufstelle » valable pour toute la Suisse. Le projet lancé par Travail.Suisse a pour ambition de mettre à disposition de tous un site internet où seront regroupées toutes les informations utiles aux personnes actives confrontées au travail de care.

Une partie importante de ce futur site sera consacrée à la sensibilisation. Si on aide sa mère à remplir sa déclaration d’impôt, si on fait des courses régulièrement pour son père (et qu’on en profite pour contrôler l’état des denrées dans le frigidaire) ou que l’on accompagne sa belle-mère chez le coiffeur ou le médecin, est-ce que ces « petites » tâches sont du « travail de care » ? La réponse est positive. Faut-il se soucier du travail de care déjà accompli par son père ou sa mère auprès de son autre parent ? La réponse est aussi positive.

A quel moment est-ce que l’on devrait en parler au travail ? Il est connu désormais que les personnes concernées ne parlent pas de ce qu’elles réalisent volontiers dans leur sphère privée. Le moment où le sujet est thématisé sur le lieu de travail intervient trop tardivement, en général lorsque la personne n’arrive plus à faire face seule. Il est courant de constater que les proches aidants aident leurs parents au-delà de leurs propres limites physiques, mais aussi psychiques : elles risquent alors de tomber malades à leur tour. Le futur site internet doit pouvoir sensibiliser aux problèmes qui vont immanquablement se poser dans le futur si le public-cible continue de « tout garder pour lui ».

Une des solutions retenues par des personnes relativement aisées est l’engagement de personnes migrantes qui viennent en Suisse pour réaliser du travail de « care » au domicile de la personne qui en a besoin. Là aussi, il est important de renseigner sur les bonnes pratiques en la matière, pour éviter l’exploitation d’une main d’œuvre étrangère souvent démunie.

Des informations de nature juridique sur les droits et devoirs en tant qu’employé-e sont nécessaires, ainsi que la transmission de toutes sortes de solutions à envisager et à proposer sur le lieu de travail pour favoriser la conciliation. Des informations sur les aides financières feront aussi partie de l’offre, tout comme les solutions techniques pour pouvoir gérer une situation « de loin » (long distance care giving). Enfin, une banque de données d’adresses cantonales et/ou régionales sera très utile aux personnes qui consulteront le futur site internet. Pas sous la forme d’une liste pléthorique sans fin, mais des adresses triées, choisies et présentées succinctement, afin de guider au mieux les personnes dans le dédale du monde du « care ».


h2. Encadrement d’experts

Pour accompagner et encadrer le projet, plusieurs groupes de travail ont été mis sur pied où siègent des experts reconnus en matière de « care » venant de divers milieux (privé, associatif, universitaire). Des représentants des grandes fédérations de Travail.Suisse (syna, OCST, transfair) ont pour tâche de relayer les préoccupations de leurs membres, qui auront aussi la possibilité en retour de tester la nouvelle plateforme lorsqu’elle sera disponible, c’est-à-dire d’ici deux ans. Le lancement officiel de la nouvelle offre de services de Travail.Suisse est planifié pour l’automne 2016, si tout se déroule selon la planification.

Après avoir édité sur papier, puis sur internet, les informations de nature juridique autour de la maternité et du travail (www.informaternite.ch), après avoir développé une offre spécifique pour faciliter la gestion de la grossesse puis du retour au travail sur le lieu de travail (www.mamagenda.ch), Travail.Suisse veut répondre aux besoins des travailleurs et travailleuses plus âgés mis au défi de concilier leur vie professionnelle et leur vie privée au service de leurs proches.

15 septembre 2014, Valérie Borioli Sandoz, Responsable politique d'égalité

Travail.Suisse salue la continuation des aides financières pour l’accueil extrafamilial des enfants

Le Conseil national s’est prononcé clairement en faveur de la poursuite du programme d’impulsion de la Confédération pour la création de places d’accueil extra-familial. Travail.Suisse, l’organisation faîtière indépendante de travailleuses et travailleurs, salue cette décision. Toutefois, un programme d’impulsion constitue seulement un petit pas pour améliorer la conciliation entre travail et famille – d’autres doivent suivre. suite

La Suisse a besoin de plus de places pour la prise en charge des enfants. Avec en toile de fond le vieillissement démographique et la présence de nombreux hommes et femmes très bien formés, la pénurie de main d’œuvre qualifiée se précise ; il faut par conséquent assurer la conciliation du travail et de la famille. Travail.Suisse se réjouit particulièrement de la décision du Conseil national et demande au Conseil des Etats de suivre la même voie la semaine prochaine.

Plaidoyer en faveur d‘une politique familiale moderne

Si la Suisse se dote un jour d’une politique familiale moderne, alors l’organisation d’une infrastructure de garde fiable doit obligatoirement devenir une tâche permanente de l’Etat. Etant donné le vieillissement démographique et les changements sociétaux, il n’est plus opportun de se reposer sur des solutions cantonales inégales. Travail.Suisse attend un rôle actif du Conseil fédéral.

« La situation actuelle est un non-sens du point de vue de l’économie nationale. D’un côté on investit de l’argent public dans la formation de jeunes hommes et de jeunes femmes, de l’autre on empêche – avec des efforts hésitants en matière d’infrastructure de garde – que ces investissements puissent porter leurs fruits sur le marché du travail faute de conciliation entre la famille et le travail ». Ainsi s’exprime Matthias Kuert Killer, responsable de la politique sociale chez Travail.Suisse. Cette situation est incompréhensible à double titre, car les investissements dans les places de prise en charge extrafamiliales sont immédiatement rentables : diverses études démontrent que grâce à des rentrées fiscales et des cotisations aux assurances sociales plus importantes, plus d’argent rentre dans les caisses publiques que ce qui a été investi. « La Confédération doit investir de manière durable dans une infrastructure de prise en charge fiable qui doit désormais être considérée comme faisant partie du Service public » ajoute Kuert Killer. Travail.Suisse attend du Conseil fédéral des propositions concrètes durant les quatre prochaines années.

Pour plus d’informations:
Matthias Kuert Killer, Responsable de la politique sociale de Travail.Suisse
Tél. 031 370 21 11, Mobile: 079 777 24 69
E-Mail: kuert@travailsuisse.ch

10 septembre 2014, Matthias Kuert Killer, Responsable politique sociale

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