Thèmes – Formation

Nouvelle époque – nouveaux défis

Le 1er janvier 2004 est entrée en vigueur la nouvelle loi sur la formation professionnelle (LFPr). Sa principale nouveauté résidait dans un fonds destiné à cofinancer des projets novateurs importants en matière de formation professionnelle. Pour Travail.Suisse, l’association faîtière indépendante des travailleurs, ce fonds est un élément essentiel si l’on veut construire un système de formation professionnelle capable de se développer. La liste des critères d’autorisation de projets doit donc être régulièrement adaptée aux besoins du moment. suite

Les articles 54 et 55 de la nouvelle loi sur la formation professionnelle 1 sont deux des garants d’une formation professionnelle novatrice. C’est sur leur base que peuvent être cofinancés des projets de formation professionnelle proposés par les cantons, des organisations du monde du travail ou d’autres acteurs de la formation professionnelle. Chaque année, 10% des moyens financiers de la Confédération affectés à la formation professionnelle sont versés à ce fonds. Quantité de projets touchant les places d’apprentissage sont basés sur ce fonds. Des associations de formation ont été financées par ce biais, l’élaboration du Case Management, lancée, les ordonnances sur la formation professionnelles, actualisées, et des présentations de professions, assurées, pour ne citer que quelques projets. Le fonds prend normalement en charge 60% des coûts d’un projet, ce qui en laisse 40% aux promoteurs. Travail.Suisse a trois projets en cours, lancés grâce aux moyens du fonds : un projet de théâtre extraordinairement prometteur pour les Ecoles professionnelles, qui aborde les questions d’intégration de différentes nationalités dans le quotidien des apprentis 2 ; ensuite, le projet « Avenir plutôt qu’origine », qui prépare les instruments d’une sélection équitable pour un apprentissage 3 et enfin, le projet « Réinsertion », qui traite des champs d’action et des mesures possibles en matière de formation et d’accès au marché du travail de personnes qui veulent retravailler 4 .

Le contexte de la loi sur la formation professionnelle en 2004 : un manque de places d’apprentissage

Lors de l’élaboration de la nouvelle loi sur la formation professionnelle en 2002, puis de son entrée en vigueur en 2004, le manque de places d’apprentissage était flagrant. La politique de la formation professionnelle était surtout confrontée à la question de l’intégration des jeunes dans le marché du travail de notre pays. Il n’était alors pas question de la formation professionnelle des adultes ni de regarder au-delà de la frontière. La loi a donc été élaborée en fonction des données de l’époque, et le fonds en a subi les conséquences négatives. Il ne peut financer différents projets novateurs, faute de base légale. C’est évidemment une petite catastrophe pour le fonds, conçu pour les problèmes de 2004, mais qui doit résoudre maintenant ceux des années 2013 et suivantes.

Nouvelles questions en 2013

Les situations évoluent, dans la formation professionnelle, comme ailleurs. Au manque de places d’apprentissage s’est substitué le manque de main-d’œuvre qualifiée. À cela s’ajoutent d’une part la discussion internationale sur la formation professionnelle, suscitée par la libre circulation des personnes, laquelle nécessite la comparabilité des formations, et d’autre part le chômage élevé des jeunes dans différents pays d’Europe, qui met en évidence les carences des systèmes de formation professionnelle exclusivement académiques et amène à reconsidérer la formation professionnelle duale 5 . Des projets novateurs concernant le manque de main-d’œuvre et les discussions internationales devraient donc pouvoir trouver un cofinancement. Pour cela, il faut modifier la loi.

Encouragement de la formation professionnelle des adultes

Aujourd’hui, une intégration durable dans le marché du travail présuppose au moins un certificat de formation secondaire supérieure (II). En Suisse, environ 600’000 personnes entre 25 et 65 ans n’en ont pas. Vu la menace d’une pénurie de main-d’œuvre qualifiée, il est indiqué, en termes de politique, d’exploiter ce potentiel de manière optimale. Les instruments adaptés à la formation professionnelle des adultes existent : certificat de formation pour adultes, validation de prestations de formation, apprentissage écourté, formation professionnelle de base 6 . Il manque, par contre, une base légale encourageant la formation professionnelle des adultes. Travail.Suisse estime qu’il convient de la créer à l’art. 12 de la LFPr. Dans sa version actuelle, cet article oblige les cantons à prendre les mesures adéquates pour préparer à la formation professionnelle initiale les personnes qui accusent des déficits personnels de formation à la fin de la scolarité obligatoire. La situation ayant changé (on est passé du manque de places d’apprentissage au manque de main-d’œuvre qualifiée), il faut compléter ce texte. Les adultes sans formation professionnelle doivent aussi être inclus dans les dispositions. L’article 12 pourrait être rédigé ainsi :

«Préparation à la formation professionnelle initiale et au rattrapage professionnel :
Les cantons prennent des mesures
1 pour préparer à la formation professionnelle initiale les personnes qui, arrivées à la fin de la scolarité obligatoire, accusent un déficit de formation;
2 (nouveau) pour donner aux personnes adultes sans formation professionnelle initiale la possibilité d’obtenir un certificat de formation professionnelle initiale par le biais d’autres procédures de qualification (formation de rattrapage)».

Cette modification de la loi est nécessaire pour que l’encouragement à la formation professionnelle des adultes puisse figurer au chapitre 8 de la loi sur la formation professionnelle (participation de la Confédération aux coûts de la formation professionnelle), et en particulier aux articles 53 (forfaits versés aux cantons) et 55 (subventions en faveur de prestations particulières d’intérêt public). Ainsi seulement sera assurée la sécurité financière nécessaire.

Mesures en faveur des travailleurs âgés

Les travailleurs d’un certain âge ne figurent pas jusqu’ici dans la législation sur la formation professionnelle et la formation continue, actuellement en discussion au Parlement. Ils ne constituent pas un groupe cible spécifique. Donc, aucun projet de formation ne les concerne en particulier. Mais le marché du travail, compte tenu de l’évolution démographique, dépend toujours plus de travailleurs vieillissants qualifiés. La politique de la formation est donc tenue d’œuvrer, au moyen de ses instruments, au maintien des travailleurs âgés sur le marché du travail. Travail.Suisse propose que l’article 32 LFPr soit adapté aux nouveaux défis :

Art. 32 Mesures de la Confédération
1 La Confédération encourage la formation continue à des fins professionnelles.
2 Elle soutient notamment l’offre visant
a. à permettre aux personnes dont la profession connaît des modifications structurelles de se maintenir dans la vie active ;
b. à faciliter la réinsertion professionnelle des personnes ayant temporairement réduit leur activité professionnelle ou l’ayant interrompue ;
c. (nouveau) à préserver et améliorer, par des mesures appropriées, la capacité des travailleurs âgés sur le marché du travail.

Promotion de projets internationaux

La formation professionnelle de la Suisse est certes une réussite. Mais ses spécificités sont encore bien trop peu connues dans le contexte international et doivent donc être vendues de manière plus délibérée. Notamment la formation donnée dans les Hautes écoles spécialisées. Le nouveau Secrétariat d’Etat à la formation, la recherche et l’innovation (SFRI) a un devoir important à accomplir dans ce domaine. Travail.Suisse mesurera le travail de ce Secrétariat d’Etat notamment à l’aune de sa réussite à mieux « vendre » la formation professionnelle dans le contexte européen et international, autrement dit à mieux la positionner et partant à obtenir pas à pas au niveau international aussi, une reconnaissance de l’équivalence des voies de formation professionnelle et des voies de formation générale. Travail.Suisse estime qu’il serait sage de la part du Secrétariat d’Etat de mieux inclure les partenaires impliqués dans la vente de la formation professionnelle. Il verrait une possibilité d’agir par le biais de l’article 55.3 de la loi sur la formation professionnelle 7 , et de demander au Conseil fédéral d’autoriser dorénavant le financement de projets novateurs spécifiques concernant la « vente » de la formation professionnelle au niveau international, projets présentés par les partenaires, en s’appuyant sur les articles 54 et 55. Actuellement, il manque à la loi sur la formation professionnelle la notion d’une responsabilité des partenaires alliés dans le positionnement international de la formation professionnelle. Il faut donc travailler à inclure cette question de manière habile dans une révision de la loi sur la formation professionnelle.

Sécurité au travail – assurance du savoir-faire dans la formation professionnelle

La prévention des accidents est du ressort des employeurs. C’est valable aussi pour les apprentis. Mais ce groupe est surreprésenté dans les accidents de travail 8 . À noter que c’est le devoir du SEFRI d’autoriser les exceptions permettant aux jeunes d’exécuter des travaux dangereux pendant leur apprentissage 9 . La formation professionnelle est donc interpellée à un double titre par le thème de la sécurité au travail qu’elle doit mieux traiter dans son environnement, avec des projets novateurs par exemple. Il faut sérieusement poser la question de savoir comment traiter à l’avenir le thème de la « sécurité au travail » dans la formation professionnelle. Notamment parce que des demandes ont été déposées pour abaisser de 16 à 15 ans la limite d’âge pour effectuer des travaux dangereux.
__________

1 http://www.admin.ch/opc/fr/classified-compilation/20001860/index.html
2 http://www.rookie-forumtheater.ch/rookie.html
3 http://www.zukunftstattherkunft.ch/index_de.html
4 A. Zihler, V. Borioli Sandoz, Réussir son retour à la vie active, Berne, février 2013.
5 http://europa.eu/rapid/press-release_IP-13-634_en.htm
6 http://www.berufsbildung.ch/dyn/8728.aspx
7 LFPr art. 55.3: Le Conseil fédéral peut prévoir d’autres prestations d’intérêt public pour lesquelles des subventions pourront être versées.
8 http://www.suva.ch/startseite-suva/praevention-suva/arbeit-suva/sichere-lehrzeit-suva.htm
9 Ordonnance sur la protection des jeunes travailleurs, OLT 5: Le Secrétariat d’Etat à la formation, à la recherche et à l’innovation (SEFRI) peut, avec l’accord du Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO), prévoir, en particulier dans les ordonnances sur la formation, des dérogations à cette interdiction pour les jeunes âgés de plus de 16 ans lorsque l’exécution de travaux dangereux est requise pour atteindre les buts de la formation professionnelle initiale ou de cours reconnus par les autorités. Il fixe les mesures de sécurité et de protection de la santé nécessaires.

23 septembre 2013, Bruno Weber-Gobet, Responsable politique de formation

Que peut faire la politique de la formation en faveur
des travailleurs et travailleuses d’un certain âge?

En Suisse, les travailleurs et travailleuses âgés font désormais la une des médias. À juste titre. Travail.Suisse, l’organisation faîtière indépendante des travailleurs et travailleuses, estime absolument indispensable que la politique de la formation notamment ne néglige pas plus longtemps ce groupe cible, et qu’elle le mette au contraire au cœur de ses projets de formation. suite

En premier lieu, les travailleurs et travailleuses âgés sont plutôt moins touchés par le chômage que les autres travailleurs. Par contre, s’ils deviennent chômeurs, ils ont alors plus de difficultés à renouer avec le marché du travail, comme le reflètent les statistiques relatives au chômage de longue durée, où ils sont représentés de manière surproportionnelle, avec un taux de 40,6% (juillet 2013). Connaître le chômage après 50 ans signifie donc se préparer à de nombreux refus et à une longue période de recherche. Il est dès lors compréhensible que cela entraîne des frustrations et une « peur de l’avenir » chez les personnes concernées et leurs familles. Il est d’autant plus nécessaire que la politique, et précisément celle de la formation, s’attaque à cette thématique.

Une première réaction positive de la Confédération

Jusqu’ici, les travailleurs et travailleuses âgés n’ont guère figuré dans la législation sur la formation ; ils ne sont mentionnés ni dans la loi sur la formation professionnelle, ni dans la loi sur la formation continue, actuellement en discussion au Parlement. La législation ne faisant pas apparaître ces « travailleurs et travailleuses âgés » en qualité de groupe cible spécial de la formation et de la formation continue, il n’existe, par conséquent, pas de projets de formation qui leur soient consacrés.

Aussi est-il réjouissant que le Conseil fédéral soit prêt à accepter un postulat portant sur le thème de « la formation et la formation continue des travailleurs et travailleuses âgés ». Le Conseil fédéral est chargé « de déterminer les mesures qu’il importe de mettre en œuvre en matière de formation afin de limiter au possible les risques de déqualification des travailleurs et travailleuses âgés; ces mesures devront s’inscrire dans une politique de formation continue qui réponde aux besoins des travailleurs âgés » 1. Si le Parlement soutient également ce postulat, un premier pas important sera ainsi franchi en direction de projets de formation utiles aussi bien aux travailleurs et travailleuses âgés qu’à l’économie, qui aura de plus en plus besoin de travailleurs et travailleuses âgés très qualifiés, compte tenu de la pénurie prévisible de main-d’œuvre spécialisée.

Des modèles de bonnes pratiques

La crise des places d’apprentissage a permis à la politique de la formation de se rendre compte qu’il était possible de résoudre la plupart des problèmes par le biais de projets régionaux diversifiés et spécifiques à chaque branche et par l’échange de modèles de bonnes pratiques. Une telle approche doit être étudiée également dans la sphère des « travailleurs d’un certain âge ». Toutefois, elle exige impérativement une base légale minimale, sans laquelle la Confédération ne peut lancer des projets.

Une nouvelle norme dans la loi sur la formation professionnelle

La loi sur la formation professionnelle prévoit, à l’article 55, la possibilité de soutenir, dans des domaines spécifiques, des projets de formation d’intérêt public. Actuellement, des projets de formation destinés au groupe cible « travailleurs et travailleuses âgés » n’en font pas encore partie. Mais si des projets doivent être lancés dans ce domaine, il conviendra de modifier la loi, en prévoyant, par exemple, un amendement de l’article 32 de la LFPr:

Art. 32 Mesures de la Confédération
1 La Confédération encourage la formation continue à des fins professionnelles.
2 Elle soutient notamment l’offre visant:
a. à permettre aux personnes dont la profession connaît des modifications structurelles de se maintenir dans la vie active;
b. à faciliter la réinsertion professionnelle des personnes ayant temporairement réduit leur activité professionnelle ou l’ayant interrompue;
c. (nouveau) à maintenir et à améliorer, par des mesures appropriées, la capacité des travailleurs âgés sur le marché du travail.

Un tel amendement de la loi permettrait de réagir judicieusement au nouveau défi que posent les « travailleurs et travailleuses âgés ».

1 Martin Candinas – Postulat 13.3639 http://www.parlament.ch/d/suche/seiten/geschaefte.aspx?gesch_id=20133639

09 septembre 2013, Bruno Weber-Gobet, Responsable politique de formation

Les certificats de formation continue font partie du domaine de cette dernière

La discussion relative à la loi sur la formation continue a été entreprise au niveau parlementaire. La définition de ce qu’on entend par « formation continue » constitue un thème important. Malheureusement, les certificats de formation ne figurent toujours pas dans la définition apportée par le Conseil fédéral. Et pourtant, ils constituent une part importante du paysage de la formation. Travail.Suisse, l’organisation faîtière indépendante des travailleurs et travailleuses, demande donc que ces certificats soient intégrés dans la Loi sur la formation continue. suite

La Loi sur la formation continue, actuellement en discussion, définit ce type de formation comme étant de nature non formelle. Elle fait partie, avec la formation formelle, de la formation structurée. Ensemble, la formation structurée et la formation informelle constituent l’apprentissage tout au long de la vie (voir illustration en annexe).

Il manque pourtant dans cette définition – que Travail.Suisse accepte telle quelle – un élément important du paysage de la formation continue. Alors que les certificats de formation sont mentionnés dans la définition de la formation formelle, ils font défaut pour la formation non formelle. Or, il existe à cet égard aussi des certificats dans le domaine non formel. Il suffit de mentionner ici les certificats de formation continue suivants: certificat FSEA, certificat de l’Union suisse des professionnels de l’immobilier (certificat SVIT), Diplôme de Ranger du Centre forestier de formation Lyss ou de bibliothécaire CLP 1 .

Importance des certificats de formation continue

Ce serait une grave erreur de ne pas inclure les certificats de formation continue dans la Loi sur la formation continue, et ce, pour trois raisons:

Premièrement, ces certificats permettent dans le domaine de la formation non formelle des certificats standardisés qui jouent ou peuvent jouer un rôle important dans le monde du travail. Ils aident les milieux économiques ou sociaux à mettre au point, à offrir et à contrôler eux-mêmes des formations correspondant à leurs besoins.

Deuxièmement, ces certificats déchargent le système formel en ce sens qu’ils réglementent un espace de formation par le biais d’éléments modulaires, de cadres de références ou de certificats standardisés, sans que l’Etat doive intervenir. Les certificats de formation continue constituent un complément important aux certificats décernés par la formation professionnelle supérieure. Revaloriser les premiers en les intégrant dans la Loi sur la formation continue serait utile aussi bien à la formation continue elle-même qu’à la formation professionnelle supérieure.

Troisièmement, ces certificats peuvent jouer un rôle important dans la procédure de prise en compte de la formation continue dans la formation formelle. Etant donné qu’il s’agit de certificats standardisés, leur transparence permet de réaliser plus facilement leur prise en compte dans le système formel.

La définition doit être complétée

Travail.Suisse propose que les certificats de formation continue soient repris dans La loi sur la formation continue. L’article 3 devrait être complété par la subordonnée suivante:

Art 3. Définitions
Dans la présente loi, on entend par:
a. Formation continue (formation non formelle): la formation structurée en dehors de la formation formelle, qui peut mener à des certificats de formation continue.

En outre, il serait judicieux de mentionner dans la Loi sur la formation continue (par exemple, à l’article 7) qu’à certaines conditions, les certificats de formation continue pourront être référencés dans le cadre des qualifications nationales. Les conditions devront être ancrées dans l’Ordonnance de la Loi sur la formation continue. Un tel référencement permet de comparer entre eux divers certificats et de leur conférer ainsi une certaine valeur dans le paysage de la formation, au profit des participants.

Art. 7 Prise en compte des acquis dans la formation formelle
3 Les certificats de formation continue peuvent être référencés dans le cadre national des qualifi-cations. L’Ordonnance en règle les conditions.

Pour renforcer la formation continue, il est impératif que la Confédération puisse soutenir les organisations actives dans la formation continue, en les aidant à mettre au point des certificats en la matière. Dans sa formulation actuelle, l’article 12 n’exclut pas une telle disposition. Toutefois, la mention délibérée de « certificats de formation continue » montrerait que ces derniers peuvent jouer un rôle important pour développer le paysage de la formation continue aussi bien sur le plan de la transparence que sur celui de la qualité.

Art. 12 Aides financières en faveur d’organisations actives dans le domaine de la formation continue
1 Dans le cadre des crédits autorisés, le Secrétariat d’Etat à la formation, à la recherche et à l’innovation (SEFRI) peut octroyer pour des tâches d’information et de coordination, de garantie et de développement de la qualité et pour le développement de la formation continue et la création de certificats de formation continue, des aides financières à des organisations actives dans le domaine de la formation continue ou conclure des conventions de prestations avec ces organisations.

Etant donné que ces certificats peuvent être tout bénéfice tant pour l’Etat que pour l’économie, la société et les particuliers, ils ne doivent pas être passés sous silence dans la Loi sur la formation continue, mais au contraire y être intégrés d’une manière ciblée.

1 D’autres certificats de formation continue: Assistant-e en gestion du personnel avec certificat, Certificat ASFC Leadership, Zertifikat «Sachbearbeiter/in Personalwesen», edupool.ch/KV Schweiz, DAS Evaluation (Uni Bern), «Expert/e certifiée/e KEB» de la Commission indépendante pour expertises-évaluations-estimations (CEE-KEB) de l’association JardinSuisse, certificat shqa pour les conseillers pharmaceutiques (certificat délivré par l’association shqa), Verbandszertifikat «Bewegungspädagoge/-pädagogin BGB». Source: André Schläfli, SVEB. Voir aussi Berufliche Ausbildung für Erwachsene, Schweizerischer Verband für Berufsberatung SVB, 2011 (en allemand) (Formation professionnel-le des adultes ASOSP.

24 juin 2013, Bruno Weber-Gobet, Responsable politique de formation

Le défi des travailleurs et travailleuses plus âgés

Une chose est claire pour Travail.Suisse: la Suisse a besoin d’une politique de formation continue qui englobe aussi la catégorie des « travailleurs et travailleuses plus âgés ». Il est nécessaire à cet effet de modifier la loi sur la formation professionnelle de manière à ce que les travailleurs et travailleuses plus âgés deviennent un groupe cible de la formation continue à des fins professionnelles (art. 30-32 LFPr) et que des mesures visant à encourager la formation continue des travailleurs et travailleuses plus âgés soient possibles à l’avenir, conformément à l’art. 55 LFPr. suite

La politique nationale est consciente de l’importance d’une forte participation 1 des travailleurs d’un certain âge 2 au marché du travail, étant donné l’évolution démographique. Toutefois, cette certitude n’est pas encore ancrée dans les lois fédérales portant sur la formation. Les travailleurs et travailleuses plus âgés ne sont mentionnés ni dans la loi sur la formation professionnelle, ni dans la loi sur la formation continue, actuellement à l’état de projet du Conseil fédéral. Au niveau de la loi, ils ne sont pas considérés comme un groupe cible spécial de la formation continue. À l’avenant, les projets de formation mettant l’accent sur le groupe cible des « travailleurs et travailleuses plus âgés » font également défaut aujourd’hui.

Les travailleurs et travailleuses plus âgés sont importants pour l’économie

Sous l’effet de l’évolution démographique, le nombre de travailleurs et travailleuses plus âgés sur le marché du travail augmente par rapport à l’ensemble des travailleurs. De ce fait, ils contribuent à une part croissante du produit national brut, et il est de plus en plus important, d’un point de vue économique 3 , de maintenir leur aptitude au travail. Mais s’ils doivent pouvoir répondre aux attentes de l’économie et du marché du travail, ils doivent aussi avoir les compétences nécessaires lorsqu’ils atteignent un âge avancé. À cet égard, la formation ne doit pas perdre de vue deux objectifs fondamentaux:

Premièrement, on ne doit pas en arriver à des déqualifications. Il faut absolument éviter que des travailleurs et travailleuses plus âgés quittent le marché du travail, soient mis à l’écart ou démotivés en raison de décalages dans le profil exigé, de changements au sein de l’entreprise, de suppression de champs d’activité, d’évolutions techniques ou d’une trop forte spécialisation de leur profession.

Deuxièmement, la formation doit créer les conditions préalables à une seconde carrière. Les jeunes travailleurs et travailleuses visent surtout une promotion de carrière en suivant une formation et ils en tirent leur motivation. Par contre, les travailleurs et travailleuses plus âgés sont plutôt intéressés par une carrière horizontale, c’est-à-dire par une évolution professionnelle qui tienne compte de leurs besoins, notamment celui de continuer à accomplir un travail intéressant en dépit de changements professionnels, et celui de voir leur travail apprécié.

La formation permanente est nécessaire pour pouvoir atteindre ces deux objectifs. Concrètement, cela implique trois choses:

Premièrement, il faut que les travailleurs et travailleuses plus âgés aient régulièrement accès à la formation, et ce, suffisamment tôt. En principe, le lien avec la formation ne devrait jamais être coupé. Tous les travailleurs et travailleuses devraient se former tout au long de leur vie, afin de ne pas se retrouver dans une impasse professionnelle. Et si les personnes ont perdu tout accès à la formation, les entreprises devraient les réorienter vers un processus de formation, au plus tard dès l’âge de 45 ans. Toutefois, cela va totalement à contre-courant de la politique actuelle en matière de personnel.

Deuxièmement, il est nécessaire pour les travailleurs plus âgés d’avoir accès à une formation continue qui leur corresponde, qui traite des thèmes qui les intéressent et qui soulève des questions pertinentes pour eux. De plus, les formations continues devraient contribuer à éviter les déqualifications et permettre des carrières horizontales.

Troisièmement, il faut des formations continues qui soient correctement dispensées, pour lesquelles la didactique et la méthodologie soient adéquates, c’est-à-dire conçues pour les travailleurs et travailleuses plus âgés. Elles doivent, par exemple, prendre en considération le fait que les travailleurs et travailleuses plus âgés ayant une grande expérience professionnelle participent à une formation continue pas forcément pour apprendre quelque chose de nouveau, mais pour « rafraîchir ou approfondir leurs connaissances ».

Une nouvelle image des travailleurs et travailleuses plus âgés

Si l’on prend la démographie au sérieux, l’on doit adopter une nouvelle conception des travailleurs et travailleuses plus âgés dans le monde du travail. Voici les facettes à considérer:

• La formation continue est nécessaire et importante non seulement pour les jeunes mais aussi de plus en plus pour les séniors.
• Il est nécessaire d’adopter une culture de la formation continue qui prenne davantage au sérieux les travailleurs et travailleuses plus âgés et leurs besoins spécifiques et qui s’adresse à ce public cible tant sur le plan de la thématique que sur ceux de la méthodologie et de la didactique (pédagogie).
• À l’avenir, les entreprises ne pourront pas compter uniquement sur le fait de pouvoir maîtriser les innovations en embauchant des travailleurs et travailleuses jeunes. Elles devront plutôt réfléchir à la manière de rendre les innovations possibles avec des travailleurs et travailleuses plus âgés et grâce à eux.
• Les travailleurs et travailleuses d’un certain âge ont une plus longue expérience professionnelle que les jeunes travailleurs et travailleuses. Il faut faire en sorte que leurs expériences ne constituent pas un obstacle aux développements mais qu’elles puissent au contraire servir de base à ces derniers.
• Les jeunes travailleurs et travailleuses sont motivés à suivre des formations continues en espérant qu’elles leur vaudront des promotions dans leur carrière et un relèvement de leur salaire. Le monde du travail doit faire en sorte que les travailleurs et travailleuses plus âgés qui n’ont plus de prétentions de carrière puissent, eux aussi, être motivés à suivre des formations continues.

Exigence en matière de politique de la formation

En intégrant une base légale consacrée à la formation des travailleurs et travailleuses plus âgés dans la loi sur la formation professionnelle, on permet à cette dernière de contribuer, grâce à ses instruments, à renforcer la capacité des travailleurs et travailleuses plus âgés sur le marché du travail. Cette base légale pourrait se présenter comme suit :

Art. 32 Mesures de la Confédération
1 La Confédération encourage la formation continue à des fins professionnelles.
2 Elle soutient notamment l’offre visant:
a. à permettre aux personnes dont la profession connaît des modifications structurelles de se maintenir dans la vie active;
b. à faciliter la réinsertion professionnelle des personnes ayant temporairement réduit leur activité professionnelle ou l’ayant interrompue.
c. (nouveau) à maintenir et à améliorer, par des mesures appropriées, la capacité des travailleurs et travailleuses plus âgés sur le marché du travail.

^1^Initiative visant à combattre la pénurie de personnel qualifié – Analyse de la situation et rapport sur les mesures, publié par le Département fédéral de l’économie, de la formation et de la recherche DEFR et par la Conférence des chefs des départements cantonaux de l’économie publique CDEP, 7 mars 2013, p.16.
^2^Voir la réponse du Conseil fédéral à l’interpellation 11.3112.
^3^François Höpflinger, Ältere Arbeitnehmer und Arbeitnehmerinnen, p. 5, www.hoepflinger.com, dernières modifications: 1er février 2013.

10 juin 2013, Bruno Weber-Gobet, Responsable politique de formation

Ce n’est pas ainsi que chacun pourra avoir accès à la formation continue

Aujourd’hui, le Conseil fédéral a présenté au Parlement un projet de loi sur la formation continue. Travail.Suisse, l’organisation faîtière indépendante des travailleurs et travailleuses considère qu’il s’agit d’un importante étape pour la Suisse. Mais Travail.Suisse regrette que le projet ne prévoie pas une obligation pour les employeurs de formation continue pour leurs employé-e-s. Les conditions permettant à tout un chacun de participer à une formation tout au long de la vie ne sont ainsi pas créées. suite

D’abord le positif : Travail.Suisse salue le fait que le thème « Acquisition et maintien des compétences de base des adultes » soit repris de manière propre dans la loi sur la formation continue (Art. 13 ss. LFCo). La solution présentée permettra de coordonner différentes lois spéciales qui traitent de la transmission des compétences de base via la loi sur la formation continue. On crée ainsi une importante contribution pour un meilleur accès à la formation continue.

Les employeurs beaucoup trop épargnés

Selon la loi sur la formation continue, les employeurs doivent « favoriser » la formation continue de leurs collaborateurs et collaboratrices (Art 5.2 LFCo). Il faut comprendre cette disposition comme un appel et non comme une obligation selon le message. Cela signifie que les employeurs qui ne répondent pas à cet appel n’ont aucune conséquence à craindre. L’importance de cette disposition est pratiquement nulle. Une fois de plus, les employeurs sont épargnés plus que de proportion et tout est laissé à leur libre arbitre. Les perdants sont ceux qui aujourd’hui déjà ne disposent pas d’accès à la formation continue. Dans le cadre des discussions sur la loi, Travail.Suisse va remettre l’accent sur le devoir des employeurs, insister sur la nécessité d’avoir une obligation de formation continue et présenter d’autres formes possibles d’obligation.

Faire avancer de façon ciblée la formation de rattrapage

Il faut considérer comme une chance la création de la loi sur la formation continue pour faire avancer de façon ciblée la formation de rattrapage de personnes qui n’ont pas de diplôme d’une formation initiale. A ce sujet, Travail.Suisse propose une disposition, qui oblige la Confédération et les cantons ensemble avec les organisations du monde du travail, à prendre des mesures qui préparent les personnes actives sans formation professionnelle initiale aux autres procédures de qualification (formation de rattrapage). Une telle réglementation peut développer une politique qui augmentera la participation à la formation continue de personnes sans formation professionnelle initiale. Car ce groupe participe deux fois moins à la formation continue que celui ayant un diplôme de niveau secondaire II. Il manque ainsi au groupe des personnes sans formation d’importantes conditions pour trouver un accès amélioré à la formation de rattrapage. Car le manque de formation continue est un des obstacles qui rend plus difficile l’accès à la formation de rattrapage.

Réforme de la formation continue professionnelle

Travail.Suisse propose que, parallèlement à la discussion sur la loi sur la formation continue, on réforme aussi l’article dans la loi sur la formation professionnelle concernant la formation continue professionnelle (Art. 30-32 LFPr). Une réforme est absolument nécessaire pour pouvoir résoudre d’importantes questions en lien avec la réinsertion, les travailleurs plus âgés et la formation de rattrapage.

Pour d’autres informations: Bruno Weber-Gobet, responsable du dossier de politique de formation, Directeur de l’Institut de formation Arc, Tél. 079/348.71.67

14 mai 2013, Bruno Weber-Gobet, Responsable politique de formation

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