Thèmes – Formation

Ordonnance sur le cadre national des certifications pour les diplômes de la formation professionnelle

21 mai 2012, Bruno Weber-Gobet, Responsable politique de formation

La formation de rattrapage en vaut la peine

Travail.Suisse, l’organisation faîtière indépendante de 170‘000 travailleurs et travailleuses, demande que dans les 10 prochaines années, au moins 30‘000 personnes professionnellement actives mais n’ayant pas de formation puissent obtenir un diplôme par une formation de rattrapage. Un diplôme n’améliore pas seulement la qualité de vie des personnes concernées de manière durable, il apporte également un grand profit à la société et contribue à atténuer le manque prévisible de main d’oeuvre spécialisée, lié au développement démographique. suite

Plus de 50‘000 personnes professionnellement actives, mais n’ayant pas de formation, se trouvent dans de bonnes, voire très bonnes conditions pour obtenir ultérieurement un diplôme, en faisant valider leurs acquis d’expérience. C’est ce que rapporte une étude, mandatée par Travail.Suisse et élaborée par la Haute école spécialisée bernoise (HESB). Un seul de ces diplômes peut permettre à la société d’économiser entre 100’000 et 210’000 francs. Globalement, cela permettrait un potentiel théorique d’économie de 8 milliards de francs. Sans oublier le fait que chaque diplôme obtenu améliore la qualité de vie des personnes concernées.

Pour cette raison, Travail.Suisse demande que la politique de formation établisse un nouveau point fort dans la formation de rattrapage pour les personnes professionnellement actives, mais n’ayant pas de formation. La Confédération, les cantons et les partenaires sociaux doivent établir des objectifs quantitatifs, prendre des mesures efficaces et en évaluer le taux de réussite par un contrôle régulier, comme cela a été fait lors de la démarche couronnée de succès augmentant le taux de formation professionnelle de base des jeunes à hauteur de 95 pour-cent pour une classe d’âge. Pour ce faire, il faut également utiliser la nouvelle loi sur la formation continue afin d’améliorer l’accès des travailleurs et travailleuses à la validation de leurs acquis d’expérience.

Pour que la réussite fasse école, il faut des objectifs ambitieux. Travail.Suisse estime approprié l’objectif défini de 3’000 diplômes obtenus chaque année, soit 30’000 en 10 ans. Avec un tel nombre de diplômes obtenus ultérieurement, la pénurie de main-d’oeuvre spécialisée due à l’évolution démographique sera réduite de manière significative ainsi que le besoin en de nouveaux travailleurs étrangers. Travail.Suisse demande à la Confédération, aux cantons et aux employeurs de se joindre à la réalisation de cet objectif.

03 avril 2012, Bruno Weber-Gobet, Responsable politique de formation

Ouvrir l’accès à la formation!

Lors de son Congrès 2011, Travail.Suisse a formulé des exigences dans le domaine de la formation, qui devraient montrer la voie à notre politique en la matière pour les prochaines années. Ces exigences s’intitulent « Ouvrir l’accès à la formation, et non le verrouiller ». suite

Le titre « Ouvrir l’accès à la formation, et non le verrouiller » recèle divers points:

Premièrement: pour nous permettre de maîtriser notre existence de manière autonome et responsable dans notre société et notre économie complexes, il nous faut bénéficier d’une formation, de plus de formation, et de plus de formation de qualité pour tous.

Deuxièmement: compte tenu de l’évolution démographique, nous prenons de plus en plus conscience que nous devons utiliser pleinement le potentiel disponible de main-d’œuvre. Nous devons donc réussir à ouvrir largement à tous, mais en particulier aux enfants et aux jeunes, l’accès à la formation et leur faire savoir une chose, à travers notre politique : nous avons besoin de vous! Nous avons besoin de toi! Toutefois, nous ne parviendrons à le faire que grâce à un système de formation dont les accès sont ouverts et non bloqués par toutes sortes d’obstacles.

À propos de l’école obligatoire

Il convient surtout de veiller à ce que les talents de tous les enfants soient encouragés dès le niveau de l’école obligatoire et que les enfants rencontrant des difficultés reçoivent un soutien suffisamment tôt. À cet effet, des modèles scolaires intégratifs sont nécessaires, qui prennent tous les enfants au sérieux, comme le prévoit HarmoS, et non pas des modèles scolaires sélectifs qui investissent surtout dans les élèves doués. De plus, il faut prêter une attention particulière à l’encouragement précoce de l’apprentissage linguistique. Et, tout aussi important, promouvoir de manière accrue la formation des parents, afin de leur permettre de mieux assumer leur devoir et leur engagement d’accompagnement scolaire de leurs enfants.

À propos de la formation professionnelle

Il faut renforcer le modèle qui a fait ses preuves de la formation professionnelle en Suisse. Il convient d’adapter cette formation, régulièrement et avec un soin minutieux, aux nouveaux besoins. Des réformes intelligentes sont requises à cet effet, dans desquelles il convient de ne pas oublier l’essentiel de la formation professionnelle, à savoir son fondement sur la pratique et sa proximité avec le marché du travail.

Travail.Suisse porte un intérêt tout particulier à ce que l’apprentissage reste la voie la plus importante pour amener les jeunes sur le marché du travail. Pour ce faire, il est nécessaire de déployer des efforts très variés: premièrement, offrir un nombre suffisant de places d’apprentissage de qualité ; deuxièmement, assurer à l’apprentissage un véritable attrait, également pour les jeunes gens doués ; troisièmement, assurer des offres adaptées aux jeunes qui sont particulièrement doués sur le plan pratique, et quatrièmement, attribuer les places d’apprentissage sans la moindre discrimination.

À propos de la formation professionnelle supérieure

Travail.Suisse a à coeur de développer la formation professionnelle supérieure. Dans ce domaine, des réformes importantes devront avoir lieu au cours des quatre prochaines années. Cette partie importante de la formation supérieure doit occuper une meilleure position, plus clairement définie, dans le contexte national et international. Les étudiants de la formation professionnelle supérieure ne devraient pas avoir à payer davantage pour leurs études que ceux des Hautes Ecoles.

À propos de la formation de rattrapage

Le manque de formation est la raison principale du chômage. La formation de rattrapage doit donc devenir l’un des points forts de la politique de la formation des prochaines années. L’acquisition de compétences de base en lecture, écriture, calcul et dans l’approche des technologies de l’information doit devenir possible et plus facile pour les adultes. De plus, il faut éliminer les obstacles qui se dressent aujourd’hui devant les adultes pour entreprendre une formation qui les mènerait à un certificat. Par exemple, la formation de personnes sans diplôme devrait être une priorité pour l’aide sociale et l’assurance chômage, et passer avant l’insertion dans le marché du travail. En outre, Travail.Suisse exige que les employeurs fassent preuve de plus de responsabilité à l’égard des migrants. Ils devraient être tenus de permettre à leurs employés d’acquérir l’une des langues nationales.

À propos du domaine de la formation continue

Actuellement, le domaine de la formation continue est organisé de telle manière que cette formation creuse, au lieu de le combler, l’écart social qui existe dans notre société. En effet, les travailleurs peu qualifiés ont trop peu de ressources (temps, argent, motivation personnelle) pour suivre une formation continue, et ne reçoivent guère de soutien. Ce sont surtout les hommes ayant de bonnes qualifications qui bénéficient de mesures de formation continue. Cette situation exige un rééquilibrage de toute urgence. C’est pourquoi Travail.Suisse demande trois jours de formation continue obligatoire pour tous, financés par les employeurs. La formation continue pour tous n’est pas uniquement une question d’équité, c’est aussi une question de nécessité économique et sociale.

La formation doit être accessible à tous, tout au long de la vie. C’est l’exigence essentielle de Travail.Suisse.

20 février 2012, Bruno Weber-Gobet, Responsable politique de formation

Des changements ignorés dans la formation professionnelle

Au cours des deux dernières décennies, la formation professionnelle a connu d’importants changements que tout le monde n’a pas intégrés dans sa façon de penser. Malheureusement, il arrive ainsi régulièrement que des réflexions bien intentionnées ou des provocations ratent complètement leur cible. Il y a surtout trois réformes qui ne sont pas correctement prises en considération, voire qui sont parfois ignorées. suite

À long terme, la formation professionnelle n’a un avenir que si elle s’adapte intelligemment et en permanence aux nouveaux changements économiques et sociaux. Par bonheur, elle a cette capacité d’innovation; elle en a apporté la preuve ces dernières années, espérons que ce sera toujours le cas à l’avenir. Mais toutes les réformes ne sont pas suffisamment prises en compte par toutes les couches de la société. Voici trois exemples:

La maturité professionnelle

Dans son article « Warum die Schweiz so bildungsfeindlich ist » (Pourquoi la Suisse est-elle aussi hostile à la formation?)1, Philipp Sarasin considère que les jeunes ayant terminé l’école obligatoire continuent de choisir entre l’apprentissage professionnel et le gymnase. Mais au cours des dernières années, cette sélection a fondamentalement changé. Actuellement, les jeunes capables d’obtenir une maturité ne choisissent plus entre l’apprentissage et la maturité gymnasiale, mais entre la maturité gymnasiale et la maturité professionnelle. Il s’agit d’une concurrence bien différente de celle que décrit M. Sarasin. La maturité gymnasiale ne fait plus concurrence à l’apprentissage, mais à la maturité professionnelle. Il n’est guère aisé d’entrer en discussion avec quelqu’un qui n’a pas intégré cette réforme fondamentale et qui ne voit pas qu’il y a aujourd’hui des jeunes avides de formation. Ces jeunes, en connaissance de cause, préfèrent, après le cycle d’orientation, la maturité professionnelle à une maturité gymnasiale.

La formation professionnelle supérieure

De même, la formation professionnelle supérieure est régulièrement sous-estimée par les milieux universitaires. On ne veut pas admettre qu’elle fait partie de l’enseignement tertiaire depuis l’entrée en vigueur de la nouvelle loi sur la formation professionnelle. On la catalogue plus volontiers dans la formation continue – pour autant qu’on la prenne en considération – et elle fait concurrence à ces formations proches de l’emploi avec des offres de formation continue issues des hautes écoles. On oublie que cette formation professionnelle supérieure, qui délivre plus de 28’000 diplômes par an2, couvre la majeure partie des besoins en qualifications que recherchent les PME. Encore heureux que le législateur n’ait pas été aveugle à cela lors de la création de la nouvelle loi sur l’aide aux hautes écoles et la coordination dans le domaine des hautes écoles (LAHE), et qu’il ait repris sciemment le thème de la « formation continue dans les hautes écoles et la formation professionnelle supérieure »3.

Les formations différenciées dans le domaine de la santé

Le domaine de la santé doit, lui aussi, lutter contre le fait que toutes les réformes ne sont pas prises en considération. Les politiciens qui se préoccupent de la formation se plaignent en bloc et un peu rapidement du « académisation » du domaine de la santé . Ce n’est pourtant pas le cas. Il existe désormais, grâce aux réformes entreprises, un apprentissage en « soins et santé communautaire », ainsi qu’un apprentissage sanctionné par une attestation fédérale santé-social « Aide en soins et accompagnement AFP », qui représentent tout le contraire d’une « académisation ». De plus, la formation en soins infirmiers, dispensée jusqu’ici par la Croix-Rouge suisse, a été reconnue dans le système de la formation professionnelle, récemment dans le système tertiaire B, sans toutefois avoir été véritablement repositionnée du point de vue de son niveau. Par contre, le système de formation dans le domaine de la santé s’est différencié de sorte à ce que celui-ci est désormais représenté à tous les niveaux de formation, de l’apprentissage sanctionné par une attestation fédérale jusqu’au master d’une haute école.

1 http://www.derbund.ch/schweiz/standard/Wieso-die-Schweiz-so-bildungsfeindlich-ist/story/18585508

2 http://www.bfs.admin.ch/bfs/portal/fr/index/themen/15/05/data/blank/01.html

3 LAHE, buts, art. 3i: prévenir les distorsions de la concurrence entre les prestations de services et les offres de formation continue proposés par les institutions du domaine des hautes écoles et celles proposées par les prestataires de la formation professionnelle supérieure.

07 novembre 2011, Bruno Weber-Gobet, Responsable politique de formation

Mépris de la formation ou mépris pour la formation professionnelle?

Dans son article du 8 octobre (« Tagesanzeiger » et « Bund »), le professeur Philipp Sarasin voit dans le taux trop bas des maturités le principal problème qui se pose à la politique de la formation. Mais les arguments présentés ne parlent guère en faveur d’une augmentation de la part des maturités gymnasiales. Tout l’article révèle en outre une sous-estimation touchant au mépris de la formation professionnelle, y compris des hautes écoles spécialisées et de la formation professionnelle supérieure qu’elles donnent. Il ne saurait demeurer sans réfutation. suite

Dans le «Tagesanzeiger » et le « Bund » du 8 octobre 2011 est paru un article du professeur Philipp Sarasin, qui reproche à la Suisse son « mépris de la formation ». Il voit dans le taux trop bas des maturités le principal problème auquel se heurte la politique de la formation. Selon l’auteur, les raisons en seraient la sélection précoce et erronée pour le gymnase, un penchant unilatéral du système de la formation pour la formation professionnelle et le « mépris d’un petit peuple de seigneurs pour la formation », qui croit pouvoir importer en tout temps de l’étranger les forces de travail qui lui font défaut.

Le problème ne réside pas dans le fait que le professeur Sarasin souligne un manque d’universitaires. C’est indéniable, du moins pour certains types d’études. L’exigence d’un taux de maturités plus élevé est discutable en soi. Mais il y a problème du fait que l’auteur se base sur des chiffres erronés et présente des arguments qui montrent qu’il sous-estime gravement la formation professionnelle.

Chiffres erronés, argumentation incohérente, sous-estimation de la formation professionnelle

Les assertions du professeur Sarasin doivent être contredites sur plusieurs points. Par la même occasion, il est possible de montrer que beaucoup d’entre elles dénotent une grave sous-estimation de la formation professionnelle :

Taux de maturité de 20 pour cent : Le taux de 20 pour cent de maturités avancé par Sarasin est purement et simplement faux. Il a manifestement sauté les dix dernières années de politique de la formation. Si l’on ajoute la maturité professionnelle, le taux des maturités en Suisse dépasse les 30 pour cent. Ce changement en a induit un autre, qui touche les choix que peuvent faire les jeunes. Aujourd’hui, ceux-ci n’ont plus à choisir entre le gymnase et l’apprentissage, mais très souvent entre la maturité professionnelle et la maturité gymnasiale.

La maturité conçue comme l’unique accès à une formation supérieure : Il est parfaitement faux de comparer le taux de maturité avec l’accès à une formation supérieure. En effet, formation supérieure n’est pas synonyme de formation universitaire. La formation professionnelle supérieure et les Hautes écoles spécialisées, tout comme les universités et les Ecoles polytechniques fédérales dispensent une formation tertiaire. Et ce n’est pas de la pure théorie : dans certaines professions les diplômes de la formation professionnelle supérieure sont même plus prisés que les titres universitaires (p. ex. le diplôme fédéral d’expert-comptable).

L’absence de maturité ne signifie pas formation rudimentaire : Sarasin prétend que « la grande majorité des jeunes » qui choisissent la voie de la formation professionnelle ne fait que payer le prix d’une « formation rudimentaire ». Il avance pour preuve le problème de l’illettrisme. C’est une position intenable à deux égards. Premièrement, il est faux de laisser entendre que la grande majorité des jeunes qui suivent une formation professionnelle ont des problèmes de lecture et d’écriture. Deuxièmement, cela équivaut à dire – et c’est une énormité à l’encontre de tous les professionnels – que formation professionnelle égale formation rudimentaire.

Le taux de chômage bas chez les jeunes est un argument fallacieux : Dans un autre paragraphe, Sarasin se permet de dire que le renvoi au taux de chômage bas des jeunes n’aide pas à justifier le taux peu élevé, en comparaison internationale, des maturités. C’est totalement incompréhensible, puisque rien n’est plus important, en politique de la formation, que de permettre aux jeunes d’accéder au marché du travail grâce à leur formation et de bâtir ainsi leur propre vie.

Etouffer la volonté de se former: Sarasin prétend que les obstacles mis à l’entrée au gymnase annihilent la volonté de se former de beaucoup de jeunes. Cette assertion aussi témoigne d’un mépris pour la formation professionnelle. À ses yeux, la volonté de se former ne porte que sur la maturité, pas sur la formation professionnelle. Malentendu grotesque.

Besoin de plus d’universitaires : Evidemment, la demande de porteurs de titres universitaires a augmenté depuis la Seconde Guerre mondiale. Mais, dans le même temps, le taux des maturités gymnasiales a également augmenté. Il a même presque doublé depuis 1985, voire triplé, si l’on tient compte des maturités professionnelles. De plus, la demande « d’universitaires », notamment dans l’économie, est depuis longtemps satisfaite par les diplômés des Hautes écoles spécialisées. La tertiarisation de la formation professionnelle est totalement occultée par l’auteur et présentée comme inutile, ce qui n’est sûrement pas valable pour les métiers d’ingénieur et de manager.

Les chefs étrangers vus comme un problème : Que le chef soit aujourd’hui, « en règle générale », un universitaire venu de l’étranger, comme le dit Sarasin, semble bien exagéré. C’est peut-être valable pour les universités et les grandes entreprises internationales, mais pas pour la Suisse en général. Et le fait que les employés suisses, avec leur formation professionnelle, ne deviennent cadres supérieurs que dans les PME ne devrait pas nous déranger, puisque 99 pour cent des entreprises en Suisse sont des PME.

La Suisse mépriserait la formation : La Suisse réussit à amener 90 pour cent de ses jeunes à un diplôme de formation postobligatoire. Ce succès dément le reproche que Sarasin fait à la Suisse de mépriser la formation. Il ne peut être que le fait d’un homme qui limite son propos à la formation universitaire, et ne reconnaît pas comme une formation la formation professionnelle, négligeant donc également les Hautes écoles spécialisées qui la dispensent.

Résumé : Tout n’est pas faux dans ce qu’écrit le professeur Sarasin. Mais peu d’arguments plaident en faveur d’une augmentation du taux de maturités gymnasiales. Dans l’ensemble, l’article est moins un plaidoyer pour un meilleur système de formation que l’expression d’un manque d’estime touchant au mépris pour la formation professionnelle, les Hautes écoles spécialisées et la formation professionnelle supérieure. Le mépris pour la formation dont témoignerait la Suisse, que Sarasin dénonce, n’est pas le problème. Le principal problème, c’est le mépris pour la formation professionnelle affiché par Sarasin.

Plus de travailleurs qualifiés, oui, mais autrement

Personne ne conteste que la Suisse manque de forces de travail très qualifiées. Cela ne touche pas seulement les universitaires, mais se manifeste plus généralement par un manque de gens qualifiés aux différents niveaux de formation. Comment disposer de plus de forces de travail très bien formées ? La question ne se limite pas au taux de maturités gymnasiales. Nous devons bien plutôt réfléchir et nous demander ce dont nous avons besoin pour que le système de formation, y compris la formation professionnelle et la formation professionnelle supérieure, puisse répondre au mieux aux besoins économiques et sociaux de la Suisse.

De notre point de vue et à ce propos, les réflexions suivantes sont pertinentes :

Tenir compte de la démographie : Le développement démographique a pour conséquence qu’il y a moins de jeunes travailleurs qui entrent sur le marché que de travailleurs vieillissants qui le quittent. Nous ne pouvons donc pas partir de l’idée que la « formation adéquate » résoudra tous les problèmes de quantité. Effectivement, nous n’avons pas de problème d’allocation mais de quantité. Il apparaît aussi lors de la répartition des jeunes entre le gymnase et l’apprentissage. Si un nombre plus élevé de jeunes entrent au gymnase, on aura au bout du compte moins de professionnels qualifiés. Et ceux-ci manquent aujourd’hui déjà.

Promouvoir la maturité professionnelle : Si nous voulons augmenter le taux des maturités, nous devons mettre l’accent sur la maturité professionnelle, où un grand potentiel est à développer. Aujourd’hui, quelque 80’000 jeunes font un apprentissage, que 12 pour cent seulement compléteront par une maturité professionnelle. Des mesures d’encouragement appropriées, notamment pour et dans les petites et moyennes entreprises de formation, permettraient de porter ce taux à 25 pour cent, soit le double. De cette manière, quelques milliers de jeunes pourraient rapidement accéder à une formation générale plus élevée et bénéficier d’une formation tertiaire. Cette voie est apparemment plus appropriée que celle qui consiste à augmenter le taux de maturités gymnasiales pour permettre à des jeunes venant de milieux peu formés d’effectuer une formation tertiaire.

Placer sur un pied d’égalité les étudiants des Hautes écoles spécialisées et ceux des établissements d’enseignement universitaires : La formation professionnelle supérieure (Hautes écoles techniques, de santé, etc. examens de maîtrise, etc.), qui fait état aujourd’hui de plus de 25’000 diplômes par an (à titre de comparaison, il y en a environ 21’000 dans les universités) contribue grandement aujourd’hui à couvrir les besoins en forces de travail très qualifiées. Mais parallèlement, les étudiants des Hautes écoles spécialisées sont nettement moins bien placés que ceux des universités et des Ecoles polytechniques, sur le plan de la mobilité et de la charge financière. Il faut remédier à cette situation.

Améliorer l’accès à l’université des diplômés des Hautes écoles spécialisées : Si, en fin de compte, le système de formation suisse devait vraiment produire plus d’universitaires, il faudrait d’abord faciliter l’entrée des diplômés des Hautes écoles spécialisées dans les universités et les Ecoles polytechniques fédérales. Ce potentiel de possibles universitaires n’est guère exploité aujourd’hui en raison des obstacles qui barrent l’accès. Au lieu de lutter pour augmenter le taux des maturités gymnasiales, les universités pourraient augmenter de manière autonome le nombre de leurs étudiants.

Résumé : A elle seule, la formation ne peut résoudre les problèmes que pose le manque de travailleurs qualifiés, dû à la démographie. En d’autres termes, l’immigration restera nécessaire pour maintenir la qualité de vie en Suisse. Il est certain également que le remède n’est pas à chercher dans l’augmentation du taux des maturités gymnasiales, mais qu’il convient de renforcer toutes les voies qui mènent à une formation supérieure. Parmi elles, les voies de la formation professionnelle, de la maturité professionnelle, à la formation professionnelle supérieure, et jusqu’à l’accès aux universités et Ecoles polytechniques fédérales pour les diplômés des Hautes écoles spécialisées.

24 octobre 2011, Martin Flügel, Président

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