Thèmes – Travail – Salaires

Le prochain enjeu des relations Suisse – UE

Après une période d’incertitude, le Conseil fédéral a désormais clarifié les choses quant à la suite à donner aux relations de la Suisse avec l’Union européenne. Pour Travail.Suisse, l’organisation faîtière indépendante des travailleurs, il est essentiel que les mesures d’accompagnement ne deviennent pas un objet de négociations sur la voie d’un accord cadre institutionnel. Outre ces négociations, l’initiative visant à supprimer la libre circulation des personnes se profile à l’horizon. Aussi est-il impératif de renforcer la position des travailleurs indigènes par une obligation effective d’annoncer les postes vacants et d’obtenir l’approbation du peuple en matière de libre circulation des personnes par une répartition plus équitable des avantages de cette dernière. suite

Depuis la visite officielle du président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker à Berne à la fin de l’année dernière, l’avenir des relations entre la Suisse et l’Union européenne occupe de nouveau davantage le devant de la scène. Le fait que l’UE souhaite faire évoluer les Accords bilatéraux n’est pas nouveau. En 2013 déjà, la Suisse a adopté un mandat de négociation d’un accord cadre institutionnel. En substance, il s’agit de traiter deux questions : d’une part, la possibilité de concilier les Accords bilatéraux statiques avec l’évolution dynamique du droit et, d’autre part, la manière de régler un litige en cas de divergences sur l’interprétation des Accords.

Il semble néanmoins difficile – en dépit des divers cycles de négociations qui ont déjà eu lieu – de recueillir un large consensus à propos d’un accord cadre institutionnel. Rien de concret ne transpire dans le public. Quoi qu’il en soit, l’UE s’est montrée insatisfaite des avancées jusqu’ici et a carrément montré ses muscles – à fin 2017, la Suisse s’est soudain trouvée une nouvelle fois sur une liste grise des paradis fiscaux, et la reconnaissance de l’équivalence boursière ne lui a été accordée que pour un an.

Au cours des derniers mois, le Conseil fédéral et les hautes sphères de l’Administration ont émis des signaux très variés, voire contradictoires. Un jour, on disait que les négociations sur un accord cadre institutionnel étaient sur le point d’aboutir ; le lendemain, il était question d’obstacles quasi insurmontables. Il fut proposé de faire un pas en avant dans les négociations en cumulant plusieurs dossiers (p.ex. Accord sur l’ouverture du marché de l’électricité), et le nouveau ministre des affaires étrangères, Ignazio Cassis, a dérangé en évoquant la touche « reset ».

Un accord cadre institutionnel n’a aucune valeur intrinsèque du point de vue des travailleurs. Toutefois, Travail.Suisse est en faveur de relations réglementées avec les principaux partenaires commerciaux et voisins directs – c’est essentiel pour une petite économie nationale, ouverte et axée sur l’exportation. Il faut naturellement tenir compte de l’évolution du droit pour assurer à long terme l’accès aux marchés de l’UE. Institutionnaliser ce processus reste inévitable ou sera du moins nettement plus efficace à long terme que les processus sectoriels suivis jusqu’ici. Il est avant tout impératif pour Travail.Suisse que les mesures d’accompagnement ne deviennent pas une balle de ping-pong dans le conflit que génère un tel accord cadre. Une chose est claire pour les travailleurs : la libre circulation des personnes n’existe que moyennant des mesures d’accompagnement efficaces. En effet, il ne va pas de soi que les représentants des travailleurs approuvent la libre circulation des personnes et donc une concurrence illimitée pour la main-d’œuvre intérieure. Cette approbation requiert une garantie que la libre circulation des personnes n’entraînera pas de dumping salarial en Suisse et que les conditions de salaire et de travail y seront protégées. C’est dans ce but que les mesures d’accompagnement ont été introduites et qu’elles restent nécessaires aujourd’hui.

Les points clés des négociations sur un accord cadre institutionnel

Après plusieurs réunions à huis clos, le Conseil fédéral est parvenu récemment à adopter une position commune quant à l’avenir des relations entre la Suisse et l’UE. Pour l’essentiel, il a été confirmé qu’il fallait rechercher un cadre institutionnel pour les Accords bilatéraux. Fondamentalement et à juste titre, les mesures d’accompagnement ne feront pas partie de ces négociations. Toutefois, le Conseil fédéral souhaite parvenir rapidement à un résultat, notamment parce qu’il existe actuellement une fenêtre de négociations, qui se refermera vers la fin de l’année. Le Brexit aura lieu le 30 mars 2019 et ensuite des élections sont prévues tant en Suisse qu’au sein de l’UE, ce qui entraînera un blocage des négociations. Le changement le plus important consistera à mettre en place un tribunal arbitral en qualité d’organe de règlement des différends. De ce fait, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) verra son rôle restreint, afin d’affaiblir le débat toxique sur les « juges étrangers ». L’avenir dira jusqu’à quel point cela réussira. Finalement, la Cour de justice de l’UE restera compétente du moins pour les parties des Accords bilatéraux qui consistent en une reprise du droit de l’UE.

Pas de dénonciation de l’Accord de libre circulation des personnes, mais une répartition plus équitable des avantages

Indépendamment du résultat des négociations portant sur un accord cadre institutionnel, la relation avec l’UE restera à l’ordre du jour politique. Poursuivant son objectif central, l’UDC a lancé en début d’année son initiative visant à résilier l’Accord de libre circulation des personnes. Contrairement à l’initiative contre l’immigration de masse, elle joue cette fois-ci franc jeu en exigeant sans équivoque la dénonciation de l’Accord sur la libre circulation des personnes et, partant, la prise en compte de l’ensemble des Bilatérales I liées par la clause guillotine. Il en résulterait une évolution économique négative, assortie de nombreuses pertes d’emplois et d’une pression croissante sur les salaires et les conditions de travail en raison de la précarité de l’emploi de travailleurs étrangers dans un système de quotas – aux yeux des travailleurs, cette initiative est une aberration.

Mais il est clair aussi qu’il conviendra de s’attaquer davantage aux effets secondaires négatifs de la libre circulation des personnes. C’est uniquement en exploitant avec succès le potentiel de main-d’œuvre du pays, en recourant à des mesures d’accompagnement qui fonctionnent pour protéger les salaires et les conditions de travail, ainsi qu’à une répartition plus équitable des avantages de la libre circulation, qu’il sera possible de maintenir durablement l’adhésion du peuple à cette libre circulation. À cet égard, un premier pas important consistera à introduire une obligation effective d’annoncer les postes vacants. En substance, cette annonce augmentera les chances des chômeurs d’obtenir un entretien d’embauche et éventuellement d’être engagés. Ce sont en particulier les personnes faisant l’objet de discriminations lors de leur recherche d’emploi qui devraient en profiter, elles dont les dossiers seraient trop hâtivement écartés lors de la procédure de candidature. Néanmoins, pour être efficace, cet instrument doit aller de pair avec un changement de mentalité chez les employeurs. D’une part, il convient de combattre les préjugés à l’égard des personnes inscrites dans les ORP et, d’autre part, il faut donner leur chance à ces personnes au lieu de recruter hâtivement à l’étranger : Ce sera la seule manière d’améliorer réellement les chances de la population active de notre pays. De plus, il convient d’investir dans les infrastructures et le service public, au lieu de continuer d’attirer de la main-d’œuvre supplémentaire et des entreprises étrangères par le biais du dumping fiscal. Les avantages de la libre circulation ne doivent pas profiter aux seules entreprises, que ce soit sous forme de bénéfices ou de baisses d’impôts. Ils doivent impérativement être tangibles pour le peuple aussi. À titre d’exemple, cela peut passer par des mesures contre la hausse des loyers et des primes d’assurance maladie, par un coût abordable de l’accueil extrafamilial des enfants, par un soutien accru à la formation et à la formation continue ou par l’introduction d’un congé paternité payé.

La situation sur le marché du travail reste, elle aussi, centrale. En effet, la crainte d’une dégradation sur ce marché – que ce soit directement – par l’effet d’éviction et d’un recul des chances en matière d’emploi – ou par une pression accrue sur les conditions de travail ou par la stagnation des salaires – constitue le terreau sur lequel pourront se développer les chances d’une initiative visant à résilier l’Accord sur la libre circulation des personnes.

19 mars 2018, Gabriel Fischer, Responsable politique économique

Résultats des négociations salariales 2018 : Les travailleurs bénéficient trop peu de la reprise

L’économie suisse profite de la relance dans la zone euro et de la baisse du franc suisse. Elle se trouve au début d’une reprise économique : Pour l’année prochaine, les pronostics affichent une croissance du PIB allant jusqu’à 2,4%. L’automne salarial, quant à lui, se présente comme un contraste à ce pronostic prometteur. À côté de quelques décisions de gels des salaires, les salaires des travailleurs en Suisse vont augmenter seulement entre 0,5 et 1%. Travail.Suisse, l’organisation faîtière indépendante des travailleurs considère les accords salariaux 2018 comme insuffisants. L’attribution de mesures générales en augmentation par rapport aux dernières années est cependant un signal positif. suite

En août 2017, l’association faîtière Travail.Suisse et ses fédérations Syna, transfair et Hotel&Gastro Union ont ouvert les négociations salariales 2018. Compte tenu de la reprise économique qui s’annonçait d’ores et déjà, des augmentations salariales d’un ordre de grandeur de 1,5 % ont été réclamées. Grâce à la stabilisation économique dans l’environnement européen et la baisse sensible du franc suisse, le développement économique s’est amélioré en permanence au cours du 2ème semestre 2017. Les perspectives sont, elles aussi, positives. L’indice des directeurs d’achat de Credit Suisse de novembre a donc été publié en titrant : « L’industrie suisse connaît un nouveau boom »1. Le PMI se trouve à 65,1 points, ce qui correspond à la valeur la plus élevée depuis plus de 7 ans. Cela signifie que : Les carnets de commande sont remplis et la production tourne à plein régime. Les pronostics du PIB montrent, eux aussi, que l’économie suisse va connaître une reprise bien étayée durant l’année à venir. Aussi bien le SECO, le KOF que le BAK de Bâle s’attendent à un taux de croissance allant jusqu’à 2,4 % pour l’année prochaine. Jusqu’à aujourd’hui, les travailleurs ont trop peu bénéficié du développement économique positif et des formidables perspectives. C’est ce que montrent les résultats des négociations salariales de cet automne.

Résultats insuffisants des accords salariaux, mais répartition de nouveau plus équitable

Pour une grande partie des travailleurs, les salaires vont augmenter entre 0,5 et 1 % en 2018. Ce résultat est insuffisant, surtout si l’on regarde le développement du renchérissement. Après une assez longue période pratiquement sans aucun renchérissement, l’inflation a de nouveau repris en 2017 et se situera pour l’ensemble de l’année à un taux d’environ 0,5%. Les primes d’assurance-maladie ont également fortement augmenté. Selon l’Office fédéral de la statistique2 , les revenus disponibles en 2017 ont ainsi diminué de 0,3%. La plupart des travailleurs n’auront donc, malgré les augmentations de salaire, pas plus d’argent disponible en valeur réelle dans leur budget. La situation dans la branche de la construction est particulièrement insatisfaisante. Malgré les très bonnes années précédentes et une stagnation des salaires au cours des dernières années, un gel des salaires a de nouveau été annoncé. L’échec des négociations salariales dans la restauration sont également inquiétantes et ne vont pas contribuer à améliorer l’image de la branche. Ainsi, le « Baromètre Conditions de travail » de Travail.Suisse montre clairement que c’est précisément dans la restauration que le problème de la rémunération est le plus marqué. Environ 54% des travailleurs considèrent leurs revenus comme inappropriés.3 L’évaluation de la répartition est, par contre, plus positive, même si les mesures salariales individuelles restent prépondérantes, comme auparavant. La conséquence, c’est que tous ne peuvent pas participer au développement positif de l’activité et que l’octroi des augmentations de salaire est peu transparent, voire même arbitraire jusqu’à un certain niveau. C’est surtout dans certaines branches comme le commerce de détail ou des transports publics que l’on ne trouve presque que des mesures salariales individuelles. Dans le même temps, la part d’augmentations salariales réparties de manière générale a de nouveau augmenté par rapport aux années précédentes. La revendication obstinée pour des augmentations salariales générales, prônée par les syndicats, semble être de plus en plus couronnée de succès, au moins dans l’industrie et l’artisanat. Avec le redémarrage de l’inflation durant l’année, les augmentations salariales générales et nationales vont devoir gagner en importance pour maintenir le pouvoir d’achat des travailleurs.

Trop peu d’évolution pour les salaires minima, les salaires des femmes et le congé paternité

Avec des augmentations salariales aussi modestes, il y aurait eu moyen de donner un signal fort dans le domaine de salaires minima, des salaires des femmes ou des règlements concernant le congé paternité. Malheureusement les employeurs n’ont pas saisi ces opportunités. Aucune augmentation des salaires minima n’a pu être obtenue dans la plupart des branches. Pourtant ce serait faisable, comme l’ont montré la branche des boulangers, des pâtissiers et des confiseurs ainsi que la branche du nettoyage en augmentant leurs salaires minima ou Fenaco et Auto Uri AG, en faisant participer les bas revenus de manière avantageuse propotionnellement aux augmentations salariales. En ce qui concerne l’égalité du salaire entre les hommes et les femmes, les employeurs n’étaient pas disposés cette année non plus à fournir un effort particulier pour l’augmentation du salaire des femmes. Travail.Suisse souligne que l’égalité des salaires entre les hommes et les femmes ne peut pas être obtenue sur une base volontaire et soutient donc la recherche d’une solution politique. Il est grand temps que le Parlement s’occupe du problème de la révision de la loi sur l’égalité et qu’il sollicite les entreprises pour un contrôle concernant l’égalité des salaires. Il est cependant vraisemblable que des mesures efficaces devraient être prises dans le domaine des contrôles et des sanctions, pour atteindre vraiment l’objectif de l’égalité des salaires. Concernant le thème du congé paternité, peu de progrès ont pu être enregistrés, là-aussi. À l’exception de Auto Uri AG (désormais 4 semaines) et dans la fabrication d’orgues (désormais 5 jours), aucune amélioration n’a pu être obtenue. Trop de travailleurs ne bénéficient toujours que du minimum légal d’un jour de congé paternité : l’équivalent de ce qui est accordé pour un changement de domicile. L’initiative lancée par Travail.Suisse et d’autres organisations (www.conge-paternite.ch) reste en fait la voie la plus réaliste pour obtenir un congé paternité de 20 jours pour tous les travailleurs.


1 https://www.procure.ch/fr/procure-swiss-magazin/detail/1/pmi-novembre-poursuite-de-lessor-de-lindustrie-suisse/
2 Cf. indice des primes d’assurance-maladie 2017 ; Office fédéral de la statistique
3 cf. http://www.travailsuisse.ch/themes/travail/barometre_conditions_de_travail

18 décembre 2017, Gabriel Fischer, Responsable politique économique

Travail.Suisse demande enfin plus de salaire pour les travailleurs et travailleuses

L’économie suisse va bien. Une croissance du PIB allant jusqu’à 2.4 pourcent est attendue pour 2018. Hélas, il semble que les travailleurs et travailleuses n’en récolteront pas vraiment les fruits car, outre quelques situations de gel salarial, les salaires augmenteront seulement de 0.5 à 1 pourcent. De surcroît, les forces bourgeoises travaillent activement à miner la loi sur le travail pourtant déjà fort libérale en comparaison internationale. Travail.Suisse, l’organisation faîtière indépendante des travailleurs et travailleuses, juge insuffisants les résultats des négociations salariales 2018 et demande que tous les travailleurs et travailleuses en Suisse participent à la reprise économique et continuent à être protégés par la loi sur le travail. suite

Travail.Suisse, l’organisation faîtière indépendante des travailleurs et travailleuses, et ses fédérations affiliées Syna, transfair et Hotel&Gastro Union, ont présenté en août 2017 leurs revendications salariales pour 2018. Les bons présages se sont améliorés avec l’affaiblissement du franc et les perspectives sont excellentes : les carnets de commande débordent, la production ronronne et les prévisions pour 2018 indiquent une croissance du PIB jusqu’à 2.4 pourcent. Cette reprise ne profite pas assez aux travailleurs comme le montre les résultats des négociations salariales de cette année.

Le renchérissement et l’augmentation des primes d’assurance-maladie absorbent les augmentations de salaires

« Avec des augmentations salariales de 0.5 à 1 pourcent, les travailleurs/euses n’auront guère plus d’argent dans le portemonnaie en 2018 – le renchérissement général et l’augmentation des primes d’assurance-maladie absorbant les augmentations salariales », indique Gabriel Fischer, responsable du dossier de politique économique à Travail.Suisse. La branche de la construction fait particulièrement pâle figure avec à nouveau aucune augmentation salariale alors qu’elle a de très bonnes années derrière elle. Il y a cependant quelques lueurs positives : les mesures salariales individuelles continuent à dominer mais la part des augmentations générales de salaire a augmenté. L’attitude combative des syndicats produit au moins des effets dans l’industrie et l’artisanat. Mais cela ne suffit pas : si l’inflation augmente à nouveau, les augmentations de salaires générales pour maintenir le pouvoir d’achat des travailleurs devront être plus importantes.

Moins pour les travailleurs et travailleuses, plus pour l’employeur

Au lieu de laisser profiter les travailleurs/euses de la reprise, les forces bourgeoises au Parlement essaient de libéraliser davantage la loi sur le travail : elles visent à supprimer l’enregistrement du temps de travail et à augmenter, en même temps, la durée de la semaine de travail. A ce sujet, le « Baromètre. Conditions de travail » de Travail.Suisse fait état déjà maintenant d’une perte de la gestion du temps des travailleurs/euses. « Nous nous opposerons avec toute la force requise à ce minage de la loi sur le travail suisse de toute manière déjà très libérale » affirme Gabriel Fischer. Les choses ne bougent guère non plus pour ce qui est des salaires des femmes et du congé paternité. Les employeurs n’ont pas fait d’efforts concernant l’égalité des salaires entre les sexes : « On voit très bien que les employeurs ne veulent pas faire avancer la question de l’égalité par la voie du partenariat social bien helvétique. Toutes les promesses faites à ce sujet n’ont été que du vent », indique Gabriel Fischer. Travail.Suisse estime dès lors qu’il est grand temps que le Parlement se saisisse enfin du message de la révision de la loi sur l’égalité et oblige les entreprises à au moins faire le contrôle de l’égalité des salaires.

Pour plus d’informations :
• Gabriel Fischer, responsable du dossier de politique économique à Travail.Suisse, Tél. 076 412 30 53
• Arno Kerst, président de Syna, Tél. 079 598 67 70
• Stefan Müller-Altermatt, conseiller national et président de transfair, Tél. 076 332 15 26

18 décembre 2017, Gabriel Fischer, Responsable politique économique

La reprise doit impérativement profiter aussi aux travailleurs

Il y a longtemps que les perspectives économiques ne s’étaient pas avérées aussi positives. Les entreprises suisses profitent aussi de la reprise mondiale et en particulier de l’amélioration dans la zone euro. Les pronostics annoncent une croissance économique solide et durable. Les travailleurs doivent aussi pouvoir y participer pour renforcer leur pouvoir d’achat et répondre au besoin d’ajustement des salaires. Lors de cet automne salarial 2017, Travail.Suisse, l’organisation faîtière indépendante des travailleurs et les fédérations affiliées Syna, transfair et Hotel&Gastro Union demandent des augmentations salariales d’un ordre de grandeur de 2% pour la majorité des travailleurs. suite

Après des périodes difficiles, la reprise économique se profile. Les pronostics du SECO annoncent une croissance économique de 1.4% pour l’année en cours et de 1.9% pour l’année prochaine. D’autres indicateurs se situent nettement au-dessus de la moyenne à long terme et confirment la situation positive dans l’économie. Cette reprise doit avoir un impact sur la situation des travailleurs. Il faut des augmentations salariales significatives allant jusqu’à 2%.

Ajustement salarial nécessaire

Au cours des dernières années, les travailleurs ont dû se contenter d’augmentations salariales modestes et parfois même de gels des salaires. Cela a contribué à maintenir la compétitivité des entreprises durant les années de crise et durant la période de surévaluation du franc. Aujourd’hui, les travailleurs doivent, eux-aussi, pouvoir bénéficier de la reprise économique. Une augmentation du pouvoir d’achat vient notamment renforcer le pilier conjoncturel qu’est la consommation privée et il contribue à stabiliser la reprise économique.

Focalisation sur les mesures générales et les salaires des femmes

Depuis 2013, la part des augmentations salariales générales a connu une baisse constante, désormais des mesures individuelles opaques et parfois arbitraires ont pris le dessus. Il faut rectifier cet état de fait, car c’est seulement avec des augmentations générales que tous les travailleurs peuvent participer à la croissance économique. Le renchérissement en hausse exige une focalisation sur des mesures salariales générales, car c’est seulement à partir de cette condition que le pouvoir d’achat des travailleurs peut être maintenu et protégé contre une baisse du salaire réel.

Il faut également se focaliser sur les salaires des femmes. La discrimination toujours actuelle que subissent les salaires des femmes à hauteur de 7.4 % est absolument inacceptable et il faut impérativement promouvoir l’égalité des salaires entre les hommes et les femmes. Une augmentation des salaires des femmes est aussi nécessaire parce que les femmes fournissent, avec l’augmentation de l’âge de leur retraite dans la réforme AVS 2020, une grosse contribution pour le financement et la sécurisation à long terme de la prévoyance vieillesse.

Pour de plus amples informations :
Gabriel Fischer, Responsable de la politique économique de Travail.Suisse, tél. 076 412 30 53
Arno Kerst, Président de Syna, tél. 079 598 67 70
Roman Helfer, Responsable politique Hotel & Gastro Union, tél. 079 540 78 37
Stefan Müller-Altermatt, Président de transfair, tél. 079 239 98 19

08 août 2017, Gabriel Fischer, Responsable politique économique

Accords salariaux pour 2017 : tout juste satisfaisants

L’économie suisse s’est pratiquement remise du choc du franc et la croissance prévue du PIB de 1.5 pour cent pour 2016, et même de 1.8 pour cent pour 2017, peut être qualifiée de solide. Pourtant, les accords salariaux 2017 laissent une impression mitigée. Certes, de nombreux travailleurs/-euses ont bénéficié de hausses salariales entre 0.5 et 1 pour cent, mais il y a aussi eu des tours pour rien – certains pour la troisième fois de suite. suite

En août 2016, l’association faîtière Travail.Suisse et ses fédérations Syna, transfair et Hotel&Gastro Union ont ouvert les négociations salariales 2017. A l’époque, la grande incertitude quant à la mise en œuvre de l’initiative contre l’immigration de masse, ainsi que la menace latente du Brexit marquait la situation économique en Suisse. Néanmoins au second semestre 2016, la situation s’est stabilisée et la conjoncture a confirmé une tendance ascendante.

Satisfaction salariale en baisse, le travail gratuit prend de l’ampleur

Des tours pour rien à répétition, des hausses salariales individuelles plutôt que générales, et toujours davantage de travail gracieusement offert sous forme d’heures supplémentaires non compensées – de quoi faire chuter de façon significative, ces dernières années, la satisfaction des travailleurs/-euses eu égard à leurs salaires. Ainsi environ 44 pour cent des travailleurs/-euses ne sont-ils pas, ou peu, satisfaits de leur salaire, comme l’indique le « Baromètre Conditions de travail » 1 de cette année. La situation du personnel du service public notamment est tendue. Un programme d’économies chasse l’autre, entraînant des tours pour rien (personnel de la Confédération) ou l’annonce de suppressions d’emplois (Poste, CFF). Pourtant, avec la réforme de l’imposition des entreprises III, le pire est encore à venir en matière de coupes budgétaires pour le personnel des services publics. Suite aux pertes d’impôts de 1.5 milliards de francs pour la Confédération et de plusieurs milliards de francs pour les cantons et les communes, les prochains programmes d’austérité, réductions des effectifs incluses, sont programmés. Voilà pourquoi Travail.Suisse s’oppose à la réforme de l’imposition des entreprises III et soutient le référendum. 2 Mais ce n’est pas tout : des attaques frontales contre le temps de travail sont en suspens au Parlement. Pourtant, sans enregistrement de la durée du travail, le salaire versé est déconnecté du temps de travail dédié au travail fourni. Il est évident que dans un pays où, année après année, env. 200 millions d’heures supplémentaires sont effectuées, il s’agit surtout de promouvoir le travail gratuit. Selon le « Baromètre conditions de travail », 33 pour cent des travailleurs/-euses indiquent aujourd’hui ne pas enregistrer leur temps de travail. Ce qui favorise peu la satisfaction au travail.

Médiocre évolution au niveau des salaires des femmes et du congé paternité

Les faibles hausses des salaires auraient permis aux patrons de faire un geste pour les salaires des femmes ou la réglementation du congé paternité ; malheureusement, ils ont manqué cette occasion. Cette année non plus, ils n’étaient pas prêts à faire un effort en faveur de la parité salariale. Pour Travail.Suisse, il est évident que l’égalité des salaires entre les femmes et les hommes ne se concrétisera pas sur une base volontaire, et qu’il convient de trouver une solution politique. En matière de congé paternité non plus, il n’y a guère eu de progrès. Par conséquent, l’initiative lancée par Travail.Suisse reste la voie la plus réaliste en vue d’obtenir un congé paternité raisonnable de 20 jours pour tous les travailleurs.

Pour en savoir plus :
• Gabriel Fischer, responsable de la politique économique chez Travail.Suisse, no de tél. 076 412 30 53
• Arno Kerst, président de Syna, no de tél. 079 598 67 70
• Eric Dubuis, membre de la direction et secrétaire romand Hotel & Gastro Union, no de tél. 079 290 76 26
• Stefan Müller-Altermatt, conseiller national et président de l’association du personnel transfair, no de tél. 076 332 15 26


1 Plus d’informations sur le « Baromètre Conditions de travail= »
2 Argumentaire complet

19 décembre 2016, Gabriel Fischer, Responsable politique économique

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